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Collection > Volume 29 Numéro 2 (2019) >

À propos des illustrations

Illustrations de Myriam Dion

Ma démarche artistique revalorise les savoir-faire traditionnels, construit de délicats espaces de représentation qui encouragent la lenteur et la contemplation, et s’inscrit de ce fait en opposition avec le caractère éphémère de notre société de consommation. Je cherche à investir la dimension contemporaine de l’artisanat et du décoratif d’une charge critique, et propose un retour vers un rythme de production plus lent qui valorise la matérialité de l’objet d’art. Mes œuvres autorisent une compréhension alternative de notre époque industrialisée et souvent conditionnée. Le fait main, la dextérité, le savoir-faire, l’ornement et le motif sont des mots qui suscitent chez moi une fascination insatiable, un attrait irrépressible, allant jusqu’à me faire ressentir une sorte de tendresse à leur évocation. Ils constituent en outre la pierre angulaire de ma pratique artistique, par laquelle je m’engage à redonner sa dignité au travail manuel traditionnel, à recouvrer l’essence du labeur qu’il implique et à faire l’éloge de la virtuosité artisanale. Cette profonde motivation m’incite à repousser les limites matérielles du papier par la délicatesse et la minutie que j’intègre à mes œuvres.

Par un travail de réutilisation et de réinvestissement, je transforme en «œuvre d’art» un support social et politique de communication écrite, le journal, avec la volonté de trouver une nouvelle utilité à ce médium papier en voie de disparition. Sur les pages de papier journal, j’opère un processus de magnification qui nous détourne de sa fonction médiatique première et nous invite à une expérience contemplative. Je m’intéresse à l’écart qu’il est ainsi possible de créer entre l’œuvre d’art et son référent matériel, à la marge intangible qui se forme dans l’esprit de l’observateur une fois les pages transformées. De la sorte, l’analyse visuelle passe de l’appréciation des qualités techniques et esthétiques à l’identification de l’objet banal à partir duquel elle est confectionnée. L’œuvre captive d’abord le public, le piège dans une forme de consommation esthétique. Lorsque celui-ci découvre ensuite le sujet traité, son plaisir visuel connaît soudainement plus de gravité: je souhaite que ce basculement provoque chez lui un questionnement, qu’il y ait prise de position ou réflexion personnelle relativement aux enjeux qui l’entourent.

Les illustrations du numéro témoignent de ces préoccupations. La couverture reproduit un détail d’une œuvre élaborée à partir d’un article du New York Times daté de novembre 2018, et qui dévoile un homme errant dans l’air pollué à New Delhi. L’image est paisible, presque poétique, mais la situation est critique: l’Inde suffoque, plongée dans un nuage de pollution extrêmement nocive pour la santé publique et l’environnement. L’atmosphère est si densément jaunie par la pollution que sa couleur rejoint la tonalité d’un papier jauni par le temps, celui-là tiré d’une édition du New York Times datée de novembre 1920 et composant presque l’entièreté de l’œuvre. Ce choix, à la fois esthétique et conceptuel, établit un parallèle dans le temps en évoquant les années «folles», marquées par une très forte croissance économique et une ère d’industrialisation et de consommation massive. En marge d’une société de vitesse et de rendement, cette œuvre a été conçue manuellement dans un rythme de production lent et sensible, dans l’intention de mettre en perspective les presque 100 ans qui séparent ces deux journaux et de poser un regard inquisiteur tant sur nos choix passés que sur ceux qui s’imposent à nous aujourd’hui.

www.myriamdion.com (consulté le 11 avril 2019).

Myriam Dion
Vue d’atelier — plan de travail, Montréal, 2019.
Myriam Dion
L’Observatoire du Mont-Mégantic, La Presse, Jeudi 12 février 2015, 2015. Papiers journaux coupés au couteau x-acto et collage, 46 x 61 cm.
Myriam Dion
Train Robbery, Jesse James, The Morning Mail, September 10, 1881 (détail), 2018. Papier journal coupé au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 44,5 x 60 cm.
Myriam Dion
Train Robbery, Jesse James, The Morning Mail, September 10, 1881 (détail), 2018. Papier journal coupé au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 44,5 x 60 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times, 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times (détail), 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times (détail), 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times (détail), 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times (détail), 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
Myriam Dion
Smog shrouding the India Gate war memorial in New Delhi, November, The New York Times (détail), 2019. Papiers journaux (datant de 2018 et de 1920) coupés au couteau x-acto, collage de papier japonais et feuille d’or, 91 x 91 cm.
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