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Collection > Volume 29 Numéro 2 (2019) >

Avant-propos
Une hétérogenèse

Maxime McKinley

Félix Guattari, discutant de la musique de Georges Aperghis, a avancé l’idée d’une «hétérogenèse dans la création musicale 1». Il est très stimulant de penser la créativité en termes de différences interactives. Les «genèses» des numéros de Circuit procèdent presque toutes ainsi, et je profite de ce bref avant-propos pour faire le récit de quelques éléments hétérogènes ayant mis en branle la création de cette livraison. Cet exercice est une manière d’hommage à l’esprit de collaboration et au travail collectif qui anime la revue Circuit et, de facto, l’expression d’une gratitude envers ses artisans, parmi lesquels je compte les lecteurs.

Au moins six éléments hétérogènes ont sous-tendu la genèse de ce numéro:

  1. Le premier catalyseur est venu en 2016, alors qu’Émilie Girard-Charest (contributrice de ce dossier) me demandait, peu après ma nomination à titre de rédacteur en chef de Circuit, ce qu’elle pouvait lire dans la collection au sujet de la microtonalité. Un peu embarrassé de répondre, force m’était de constater que sa question signalait une lacune, et je ne manquai pas d’en parler dès ma première réunion avec le comité de rédaction (le 7 avril 2016).
  2. Au cours de cette même réunion, nous avions, entre autres choses, décidé d’inviter parmi nous un nouveau membre: Robert Hasegawa, spécialiste de microtonalité, professeur à l’Université McGill et codirecteur du présent numéro.
  3. Réfléchissant à des dossiers que Hasegawa pourrait être invité à diriger pour Circuit, nous avions pensé à une monographie consacrée à Georg Friedrich Haas. Cette idée apparaît dans les notes de notre première réunion avec lui (le 14 juillet 2016) et s’est finalement mutée, ici, en un remarquable article de Landon Morrison.
  4. Toujours au cours de cette période, Paul Bazin — doctorant en musicologie sous la direction du même Hasegawa, et qui n’était pas encore notre coordonnateur administratif et secrétaire de rédaction — portait à mon attention le fait que Bruce Mather, disciple d’Ivan Wyschnegradsky et pionnier de la microtonalité «ultrachromatique» (non seulement au Québec, mais, plus largement, en Amérique du Nord et au-delà), célébrerait ses 80 ans en 2019. Sensible à l’importance de ne pas oublier les apports des vétérans, j’en avais pris bonne note.
  5. Comble de synchronisme, le comité de rédaction et moi mettions alors en place un corpus d’évaluateurs externes pour la revue, incluant la compositrice Pascale Criton, aussi spécialiste de microtonalité et éditrice des écrits de Wyschnegradsky 2. Elle est interviewée par Sharon Kanach dans les pages qui suivent.
  6. Par ailleurs, dans le volume 26, nous avions coup sur coup publié des dossiers codirigés par des duos de professeurs universitaires et de doctorants 3. Il y avait là une belle occasion d’aller de nouveau en ce sens, avec le tandem formé par Hasegawa et Bazin.

Finalement, ces fils hétérogènes (et sans doute beaucoup d’autres) sont à l’origine de ce que vous vous apprêtez à lire. Cette «hétérogenèse» n’a pas pour autant donné lieu à un résultat hétéroclite ou décousu. Au contraire, la thématique prise en charge par les directeurs invités traverse la quasi-totalité du numéro, lui donnant beaucoup d’unité. Peut-être les deux exclusivités web de la rubrique Actualités sont-elles un peu plus exogènes, mais là encore, il ne faut pas sous-estimer la richesse des concordances latentes. Ainsi, le pianiste Daniel Áñez a signalé que le compositeur alcides lanza 4 célébrerait ses 90 ans en 2019, ce qui n’est pas sans écho avec le 80e anniversaire de Mather 5. Nous avons convenu que Daniel s’occuperait lui-même de le souligner, et que cela prendrait une forme essentiellement audiovisuelle, en ligne. Quant à l’autre exclusivité web, l’élément déclencheur fut un appel téléphonique de Charles-Antoine Fréchette (déjà contributeur de ce numéro), afin de nous signaler la venue à Montréal de Steven Kazuo Takasugi 6, dans le cadre de la présentation de Sideshow (2009-2015) dans la série de concerts No Hay Banda — un événement auquel participaient, entre autres, Áñez au piano et Girard-Charest au violoncelle 7.

En somme, c’est une belle chose qu’une revue puisse être l’interface rendant possible une telle «topologie chimique». Mais cette «hétérogenèse» n’a pas fini de prendre de l’expansion, et c’est ici que vous intervenez. En effet, plus il y a de lecteurs différents, mieux c’est! Cela «au profit d’une hétérogenèse qui dissout l’individuation d’énonciation. On ne sait plus au juste ce qui circonscrit l’énonciation: l’ensemble orchestral est un agencement collectif auquel appartient également le public 8.

Page article@29_2_01 générée par litk 0.600 le lundi 16 septembre 2019.
Conception et mise à jour: DIM.