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Collection > Volume 28 Numéro 2 (2018) > Exclusivité web >

Störungen (2011) de David Hudry
Six extraits sonores accompagnés de la partition et des commentaires du compositeur

François-Xavier Féron

Note: Ce document est une exclusivité web, disponible uniquement sur ce site.

Ce supplément web vient compléter l’article intitulé «Störungen (2011) de David Hudry ou la confrontation des diapasons à travers l’emploi jumelé d’instruments baroques et modernes». Cette œuvre, commandée conjointement par l’ensemble recherche et le Freiburger Barockorchester dans le cadre de l’Ensemble Academy Freiburg, fait appel à huit musiciens, six jouant sur des instruments modernes accordés à 440 Hz (flûtes, clarinettes, percussions, piano, violon et violoncelle) et deux, jouant sur des instruments anciens accordés à 415 Hz (traverso et alto baroque). Afin d’appréhender pleinement cette forme atypique de mixité instrumentale et de se familiariser avec le langage de David Hudry, nous avons sélectionné six extraits de Störungen que l’on peut ici écouter tout en suivant la partition. Les commentaires du compositeur figurant après chaque extrait sont tirés de l’entretien qu’il nous a accordé le 5 janvier 2018 à son domicile en région parisienne.

C’est après avoir reçu, en 2016, le prix «jeune compositeur» de la Ernst von Siemens Music Foundation, que David Hudry put réaliser son premier disque monographique — Durchgang (wwe 1 CD 40418) — paru sur l’étiquette allemande col legno en 2017 et dans lequel figure l’enregistrement de Störungen. Les musiciens sont Martin Fahlenbock (flûtes), Shizuyo Oka (clarinettes), Christian Dierstein (percussions), Klaus Steffes­Holländer (piano), Melise Mellinger (violon), Åsa Åkerberg (violoncelle), Karl Kaiser (traverso) et Barbara Maurer (alto baroque). Les indications chronométriques associées aux numéros de mesure se réfèrent à l’enregistrement de l’œuvre qui figure à la plage 4 du disque. Nous souhaitons remercier très chaleureusement David Hudry, l’ensemble recherche, la Ernst von Siemens Music Foundation, BabelScores®etcol legno, pour nous avoir autorisé à mettre en ligne ces six extraits musicaux. Le disque Durchgang peut être commandé sur la boutique en ligne col legno.

Störungen — Extrait n° 1
m. 01 (00’00’’) — m. 27 (01’28’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«J’avais décidé dès le départ que la pièce commencerait comme cela, quelque chose de très agité, d’un peu fou, avec l’impression d’entrer dans la tête d’une personne assaillie par le flot de ses pensées et de ses émotions. C’était ça l’idée…
Je voulais que l’auditeur entre directement dans la tête de ce personnage, comme ça, sans préparation, précipité dans le dédale de ses pensées. Et tout d’un coup, sans transition, l’auditeur se retrouve confronté à un autre état, totalement opposé: l’inertie.
Je voulais que l’auditeur fasse l’expérience de ces deux états opposés, qu’il ressente immédiatement cette bipolarité. C’est d’ailleurs le sens du titre de la pièce: Störungen fait référence à quelque-chose qui dysfonctionne!
J’ai composé ces deux états séparément, en parallèle, puis j’ai commencé à les confronter, sans transition, par un montage abrupt. Durant tout le début de la pièce, ces deux états s’enchainent sans transition, l’état d’agitation initiale laissant peu à peu la place à l’inertie qui s’installe et prend le pas.»

Störungen — Extrait n° 2
m. 68 (3’16’’) — m. 101 (3’50’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«Ce qui m’intéressait dans ce passage, c’était de donner l’impression d’une même ligne fragmentée. J’ai écrit des conduites mélodiques que j’ai éclatées entre les deux flûtes. Il y a des moments où elles se croisent, où l’une émerge par rapport à l’autre. L’auditeur doit avoir l’impression d’une sorte de chassé-croisé ambigu. Il y a aussi le violon qui intervient de temps en temps pour souligner quelques-uns des motifs des flûtes. Spatialement, c’était intéressant de l’ajouter au duo car sa position opposée permettait d’ouvrir l’espace d’écoute et de décentrer par moment l’attention de l’auditeur.»

Störungen — Extrait n° 3
m. 138 (4’55’’) — m. 149 (5’20’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«Je me suis amusé à écrire de fausses octaves sur des notes tenues plus ou moins longues. L’idée de ce passage était d’avoir une même ligne mélodique doublée en octaves à plusieurs instruments. Je suis parti des attaques de glockenspiel mélangées à celles des cordes étouffées du piano avec lesquels j’ai construit ma trame. A cela se sont ajoutées les cordes alternant notes réelles et harmoniques naturelles ou artificielles. L’ensemble devait donner l’impression d’une seule et même mélodie où les instruments jouent sans jamais réussir à s’accorder. Le résultat sonore d’ensemble est dû d’une part à la présence de l’alto baroque et [à] son diapason à 415 Hz — sur partition, sa mélodie semble écrite à l’unisson du piano et [du] glockenspiel alors qu’elle sonne un demi-ton en-dessous —, d’autre part à l’ajout d’harmoniques naturelles aux cordes qui sonnent un peu différemment des notes tempérées. Cette impression de justesse voilée est aussi liée à l’ambitus très large dans lequel évoluent les instruments de cette section. Le piano et le glockenspiel assurent les parties extrêmes, l’alto est place dans le registre médium. Le violon évolue entre le glockenspiel et l’alto. Le violoncelle se place entre l’alto et les cordes bloquées du piano. L’imbrication de tous ces éléments donne une impression changeante à la mélodie.»

Störungen — Extrait n° 4
m. 182 (6’32’’) — m. 205 (7’17’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«Ce passage est une autre déclinaison de l’idée d’enchevêtrement et de frottement entre les instruments, mais dans un discours très articulé. Je voulais donner l’impression d’entendre un même instrument qui se dédouble. Cette idée du double m’intéresse beaucoup, de manière générale. Ici, on a une écriture très détachée dans l’articulation des bois et des accents qui émergent, précis et incisifs. Ils installent une mécanique, une pulsation. Le piano prend le relai de l’écriture des bois et la prolonge par des jeux de résonance rythmés. Les cordes interviennent au moment où les formules rythmiques se figent sous formes de boucles, un peu comme si la machine se mettait à dysfonctionner.»

Störungen — Extrait n° 5
m. 294 (11’24’’) — m. 317 (12’36’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«Ici l’alto se fond avec l’ensemble. L’écriture en harmoniques de l’alto baroque se mêle aux bisbigliandi de la flûte pour créer une sorte de mélodie mystérieuse et sensuelle. Le temps semble soudain suspendu. Des tremolos fragmentés ou étirés rappellent l’écriture des gestes de cordes en tremolo du début de la pièce, à la manière d’un souvenir, voilé… Puis l’alto émerge progressivement pour reprendre un rôle de soliste, mais il est perturbé par des interventions soudaines de l’ensemble [m. 313-314] où le piano et la clarinette basse semblent l’interpeler.»

Störungen — Extrait n° 6
m. 349 (14’49’’) — m. 393 (16’34’’)
Extrait reproduit avec l’aimable autorisation de col legno

«Dans cette section-là, il est clair que la question du tempérament ne se pose plus. Après des moments de luttes, de tensions et de confrontations clairement exprimés entre les instruments modernes et baroques, je voulais un passage où tous les instruments fusionnent, où les matériaux jusque-là développés dans des sections séparées se rencontrent. C’est une récapitulation en condensé de certains matériaux déjà entendus. C’est aussi une manière d’expérimenter les phénomènes de superpositions, de juxtapositions qui donnent une nouvelle perception à des matériaux déjà identifiés mais que l’on perçoit différemment par le jeu du montage ou de l’alliage.»

Page article@28_2_06.1 générée par litk 0.600 le mardi 4 septembre 2018.
Conception et mise à jour: DIM.