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Collection > Volume 28 Numéro 1 (2018) >

Avant-propos
«Pluriel singulier»?

Maxime McKinley

Certains lecteurs, particulièrement attentifs et assidus, remarqueront peut-être que le titre de cet avant-propos est l’inversion de celui qui ouvrait notre volume 27. En effet, dans ce numéro 1, le directeur invité — le compositeur Simon Bertrand — souhaitait réfléchir à la pratique de son métier dans le contexte québécois d’aujourd’hui. Rappelons le titre de cette livraison: «Réflexions sur le métier de compositeur: identité et singularités». C’est l’accord au pluriel du mot «singularité» qui m’avait alors incité, en jouant un peu sur la langue, à évoquer le livre Être singulier pluriel du philosophe Jean-Luc Nancy 2, pour souligner qu’une réflexion sur l’identité (ou sur les caractères distinctifs) ne peut faire l’économie de la «co-existence», de l’«être-avec»; en somme, que la singularité a besoin du pluriel pour exister. Inversement, pour l’avant-propos du présent numéro, qui ouvre le volume 28 sous le thème des pratiques interculturelles (ou «transtraditionnelles») dans la création musicale contemporaine, il est tentant d’inverser ce jeu grammatical par un clin d’oeil à l’hypothèse d’un singulier qui embrasserait le pluriel. Ceci par une allusion, cette fois, au livre Musique au singulier du compositeur et musicologue François-Bernard Mâche 3, dont l’une des questions clés, posée en ouverture, est: «[…] qu’y a-t-il de commun entre les musiques de tous les temps et de toutes les cultures 4?».

En 2018, dans le contexte d’un échiquier mondial en perpétuelle redéfinition — traversé d’enjeux postcoloniaux (voire «post-exotiques»), dans lequel des écarts socio-économiques plus tendus que jamais et des désastres naturels d’une grave violence provoquent de plus en plus de déplacements migratoires —, il semble que toute activité humaine collective, si locale soit-elle, nécessite d’être repensée plus globalement, et que la musique de tradition occidentale (ou «d’origine européenne»), dite «savante», n’échappe pas à ce changement de paradigme. Dans ce contexte à la fois complexe, délicat et passionnant, le présent numéro, codirigé par le musicologue Jonathan Goldman et le compositeur Sandeep Bhagwati, s’avère particulièrement pertinent et vibrant d’actualité. On notera, au sujet de Jonathan Goldman, qu’il s’agit bel et bien du précédent rédacteur en chef de Circuit 5, que nous sommes très heureux de retrouver le temps d’un numéro. Quant à Sandeep Bhagwati, créateur et chercheur «indien-allemand-canadien», il est intéressant d’observer ici que ses activités à Montréal — et, plus spécifiquement, à l’Université Concordia —, ont débuté en 2006, soit peu avant l’arrivée du compositeur «français-canadien» Philippe Leroux 6, d’abord à l’Université de Montréal (2009), puis à l’Université McGill (2011). Ces deux compositeurs internationaux ont, par des voies parallèles et distinctes, un impact tangible sur le paysage de la création musicale à Montréal, et la contribution de Bhagwati à Circuit pour ce numéro va, précisément, dans le sens de l’internationalisme et du cosmopolitisme.

Certes, Circuit aurait pu ouvrir ses horizons géographiques et culturels plus loin et plus souvent depuis son premier numéro en 1990, mais quelques opus méritent, à cet égard, d’être rappelés. Par exemple, en 2002, le numéro «La route de soi 7» (sous la direction de Michel Duchesneau) se penchait sur les rapports de quelques compositeurs orientaux avec la musique occidentale, ceci dans la foulée de la venue de Tan Dun à Montréal, dans le cadre du Festival Musimars la même année. En 2007, le numéro «Plein Sud 8» (dirigé par Jonathan Goldman) s’intéressait pour sa part à un sujet très riche: le développement de la musique contemporaine en Amérique du Sud 9. En 2011, Nathalie Fernando dirigeait «Musiciens sans frontières 10»,un numéro consacré à quelques passerelles entre la création musicale dite «savante» d’aujourd’hui et l’ethnomusicologie, abordant notamment l’African Art Music (contribution de Kofi Agawu) et la rumba congolaise (contribution de Bob W. White). Enfin, notre plus récent numéro, «Illusions polyphoniques: José Evangelista et l’hétérophonie 11», n’est pas sans liens avec la présente livraison, vu l’intérêt d’Evangelista pour les métissages culturels et les musiques du monde (notamment indonésiennes).

C’est donc par des réflexions d’une vaste ouverture géographique et culturelle que nous amorçons ce 28e­ volume de Circuit. Bien entendu, cela n’est pas sans poser d’importants enjeux politiques — critique de l’hégémonie coloniale ou du nationalisme identitaire, par exemple —, comme en témoigne, entre autres, le glossaire engagé (établi par Sandeep Bhagwati) des principales notions présentées dans ce dossier thématique. D’ailleurs, nous conclurons ce volume par un numéro consacré au thème «musique et politique», sous la direction de Luis Velasco-Pufleau (vol. 28, n° 3). Entretemps, après avoir élargi, dans ce numéro, nos horizons «spatiaux», nous explorerons de plus larges perspectives «temporelles», puisque le numéro suivant (vol. 28, n° 2) se penchera pour sa part sur l’utilisation d’instruments baroques en musique contemporaine. Nous espérons que ce seront là de stimulantes lectures, tant sur les plans du savoir que de la pensée, de la sensibilité ou de la créativité, et nous invitons nos lecteurs à interagir avec nous, que ce soit via notre adresse info@revuecircuit.ca ou sur nos pages Twitter et Facebook 12. Au plaisir de vous lire!

Page article@28_1_01 générée par litk 0.600 le mardi 17 avril 2018.
Conception et mise à jour: DIM.