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Collection > Volume 27 Numéro 1 (2017) >

Avant-propos
«Singulier pluriel»?

Maxime McKinley

Le dossier thématique du présent numéro, préparé par le compositeur Simon Bertrand, se déploie autour d’une préoccupation triangulaire: le «métier de compositeur» qui se décline en deux autres points, l’«identité» et les «singularités». C’est le troisième numéro de Circuit dont le titre intègre cette notion délicate d’«identité» — une boîte de Pandore à elle seule. Ainsi, dans le vol. 10, no 2 (1999), Les racines de l’identité, ce thème était abordé à travers le parcours de quatre compositeurs dont les dénominateurs communs étaient leur affiliation à l’Université McGill, leur naissance hors Québec, mais aussi leur choix d’y vivre et d’y travailler: Bengt Hambraeus, Brian Cherney, Bruce Mather et alcides lanza 1.

Dans le vol. 15, no 2 (2005), Carte d’identités, dirigé par Danick Trottier (qui participe également à la présente livraison), ce dernier évoquait des vases communicants entre les notions de singularité et d’identité, avec comme point de jonction l’enjeu de la postérité 2. Dans son avant-propos au même numéro, Michel Duchesneau énumérait, pour sa part, diverses perspectives sous lesquelles examiner la question:

Le questionnement sur les enjeux de la création musicale procède plus souvent qu’autrement du principe du retour sur soi. En ce qui concerne la question de l’identité, celle-ci est passée par de multiples stades: les questions nationales, les notions d’appartenance à une école, de style, les interrogations sur le rôle social du compositeur, ont été, tour à tour, les piliers de la réflexion sur le sujet 3.

On peut dire que dans le présent numéro, ces diverses perspectives sont abordées à divers degrés de profondeur. Mais en fait, dès le vol. 3, no 2 (1992), Circuit publiait la reproduction d’un discours de Denys Bouliane — prononcé alors qu’il recevait, en 1991, le Prix Serge-Garant — dans lequel il confiait ouvertement ses interrogations sur sa quête d’identité et de singularité. Ce texte, intitulé «À propos… québécitude, musique et postmodernité», s’ouvre par la question: «Comment peut-on prétendre écrire une musique québécoise? 4». Plus loin, Bouliane tente une interprétation sociologisante de l’éclectisme de sa sensibilité musicale 5. Dans son analyse de Siddharta de Claude Vivier, parue dans le vol. 18, no 3 (2008), Jean Lesage décrit ce même sentiment d’identité sans identité, d’une singularité faite de pluralité laissant libre cours à un imaginaire transidentitaire, nomade 6.

Ainsi, la discussion mise en œuvre ici par Simon Bertrand possède des antécédents dans les pages de Circuit. Mais ne perdons pas de vue que l’angle principal par lequel il a souhaité l’aborder est celui du «métier de compositeur». La question de Denys Bouliane ne se pose donc pas seulement du point de vue du contenu, mais aussi sous un angle très pragmatique. Comment la création d’une musique québécoise se passe-t-elle au quotidien? Vaut-il mieux s’exiler? Les résidences de création sont-elles des options fertiles? Qu’en est-il de l’orchestre symphonique? Le compositeur souhaite-t-il avoir un sentiment d’appartenance (mutuelle) face à la société dans laquelle il vit et travaille, ou préfère-t-il s’affranchir de ce «contrat social»?

Le compositeur est, comme n’importe qui, un travailleur 7, ce qui pose des enjeux spécifiques sur sa place dans son environnement collectif. Ce numéro était donc aussi l’occasion, pour Circuit, de consacrer quelques pages à des compositeurs québécois significatifs, pigistes dans bien des cas, dont il n’avait été que peu ou pas question jusqu’à maintenant. Le sommaire fait la part belle à la matière de première main (la parole directe, vivante, parfois même intime, de quelques créateurs), et ce, en rapport de complémentarité avec les contributions musicologiques de Danick Trottier et de Paul Bazin 8.

Pour conclure cette entrée en matière, observons que, dans le titre du numéro, «identité» est écrit au singulier tandis que «singularités» est au pluriel. Est-ce à interpréter au sens de la dynamique, dans un temps et un espace donné, d’un centre et de ses marges? Le lecteur se fera sa propre idée… Quoi qu’il en soit, cet accord me rappelle le livre Être singulier pluriel de Jean-Luc Nancy, dont j’aimerais citer, ici, un extrait:

L’existence est essentiellement co-existence. […] Être-avec, ou s’exposer les uns aux autres, les uns par les autres: rien à voir avec une «société du spectacle», mais rien à voir non plus avec une inexposable «authenticité». Nous? mais c’est nous-mêmes que nous attendons sans savoir si nous nous reconnaîtrons 9.

Comme à notre habitude, s’ajoute au dossier thématique la rubrique Actualités. La chronique «Entendu dans Cette ville étrange», signée par Marc Hyland, est tellement en intersection avec le thème du numéro qu’elle en fait partie intégrante. On trouvera également la chronique «Créé dans Le Vivier», préparée par Cléo Palacio-Quintin. Enfin, un diptyque de comptes rendus met la génération montante à l’honneur en nous racontant les éditions 2016 de la tournée Génération de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+) et du Forum du Nouvel Ensemble Moderne — Pierre-Luc Senécal et Paul Bazin signent, respectivement, ces deux textes.

Page article@27_1_01 générée par litk 0.600 le lundi 20 novembre 2017.
Conception et mise à jour: DIM.