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Collection > Volume 20 Numéro 3 (2010) > Actualités >

Nouveautés en bref

Réjean Beaucage

(fig. 1)

Mattin et Iles, Anthony (dir.) — Noise & Capitalism — Saint-Sébastien, Arteleku Audiolab, coll. «Kritika», 2009.

When someone says they’d rather work in a factory than play music they don’t like, observed [Derek] Bailey, it means they’ve never worked in a factory.

— Matthew Hyland

Il y a beaucoup de matière dans ce livre: des observations sur le fonctionnement du système capitaliste, sur le bruitisme et l’improvisation, sur la société du spectacle, sur les droits d’auteur et l’anti-copyright; il y a de nombreuses pistes à poursuivre et aussi quelques jugements péremptoires du genre «People who talk about the problems of modern music without talking about capitalism and commodity fetichism are themselves one of modern music’s problems» (celui-ci est de Ben Watson). Le bruitisme a fait du chemin depuis les intonarumori de Luigi Russolo, et on lui donne ici un sens très large, comme le souligne Csaba Toth dans son texte «Noise Theory»: «I would argue that certain ways of composing, performing, recording, disseminating, and consuming sound can be considered to be forms of Noise music.» Le bruitisme est décrit comme une attitude rebelle, une révolte de certains créateurs envers une société qui préférerait les voir jouer une musique qu’ils n’aiment pas (et qui choisissent plutôt de jouer une musique que personne n’aimera!).

L’improvisation, ou plutôt la free improvisation (un dérivé du free jazz et de certaines musiques contemporaines), y apparaît comme la seule façon, pour le musicien, d’être véritablement le créateur de la musique qu’il produit, in situ, sans se subordonner à la tyrannie qu’exerce le compositeur à travers la partition. Le texte d’Edwin (Eddie) Prévost «Free Improvisation in Music and Capitalism: Resisting Authority and the Cults of Scientism and Celebrity» s’attaque à la figure du «compositeur/contrôleur/génie» à travers des références à John Cage, Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen en faisant valoir que les mécanismes très complexes prescrits par le premier pour interpréter ses œuvres ou le «sérialisme total» du deuxième constituent pour les musiciens des façons très compliquées de dresser la table pour le dîner, mais sans qu’il y ait de repas à partager. Au troisième, il reproche de demander à ses musiciens d’improviser pour ensuite dire que leur musique est la sienne… À tous, enfin, il reproche de servir le capitalisme en acceptant de devenir l’objet d’un culte de la célébrité qui s’entoure d’un certain scientisme mystificateur («I use the term “scientism” to describe an area of discourse which uses the language and nuances [and to some extent the authority] of science without necessarily being scientific»).

Le bruitisme, l’improvisation, ces musiques pour lesquelles «l’emphase est mise sur le processus, non sur le produit» (Matthieu Saladin) peuvent être jouées par… n’importe qui. Saladin cite Derek Bailey, qui écrivait dans Improvisation: Its Nature and Practice in Music (New York, Da Capo Press, 1993): «Free improvisation, in addition to being a highly skilled musical craft, is open to use by almost anyone — beginners, children and non-musicians. The skill and intellect required is whatever is available.» Dans un tel contexte, Ben Watson rappelle l’importance de garder un esprit critique et d’éviter la complaisance… «Some Noise may not be authentic music at all, but simply noise, devoid of merit and interest.»

Le livre n’est certes pas, lui, sans mérite ou sans intérêt, et il offre au lecteur l’occasion de nombreuses réflexions sur cette pratique musicale très particulière qu’est la free improvisation, sur cette musique très spéciale qu’est le bruitisme, et sur ce qui constituerait leur ennemie naturelle: la propriété intellectuelle. À ce sujet, d’ailleurs, le livre peut être téléchargé gratuitement sur le site de la maison d’édition Arteleku.

(fig. 2)

Langlais, Marie-Louise — Jean-Louis Florentz, l’œuvre d’orgue — témoignages croisés — Lyon, Symétrie, coll. «Perpetuum mobile» (avec 2 CD), 2009.

Jean-Louis Florentz (1947-2004) a composé une quinzaine d’opus pour différentes formations, incluant quatre grandes pièces pour orgue, qui sont reproduites ici sur les deux disques qui accompagnent ce très beau livre, dans des enregistrements réalisés sous sa direction. Il fut l’élève de Messiaen en composition, et il partageait aussi la passion de son maître pour le chant des oiseaux.

Parallèlement à sa carrière de compositeur, il était également professeur d’ethnomusicologie (C.N.S.M.D. de Lyon), et de nombreux voyages en Afrique ont largement contribué à nourrir son inspiration. C’est elle, en quelque sorte, qui est au centre de ce livre, qui s’attache à décrire le processus de création de son œuvre pour orgue à travers le récit d’éléments biographiques, mais aussi grâce à de nombreux témoignages d’amis et de collègues, des reproductions de notices d’œuvres, etc. Le livre comporte une riche iconographie (nombreuses photos couleur) et, avec les deux disques qui l’accompagnent (enregistrés par Michel Bourcier et Béatrice Piertot aux grandes orgues de l’église Saint-Eustache à Paris et par Olivier Latry aux grandes orgues de la cathédrale de Paris), il offre, à travers un focus sur une partie seulement de son œuvre, un portrait très complet du compositeur.

(fig. 3)

Xenakis, Iannis — Musique de l’architecture — Textes, réalisations et projets architecturaux choisis, présentés et commentés par Sharon Kanach, Marseille, Éditions Parenthèses, 2006.

Le Centre canadien d’architecture de Montréal est l’hôte, depuis le 17 juin et jusqu’au 17 octobre 2010, d’une exposition intitulée «Iannis Xenakis: compositeur, architecte, visionnaire». S’il est encore temps, que nos lecteurs montréalais cessent immédiatement leur lecture et se rendent la visiter! Pour les autres, et pour ceux qui voudront un complément, il existe un livre superbe, préparé par l’une des cocommissaires de l’exposition, Sharon Kanach (l’autre étant Carey Lovelace 1 ), qui permet d’entrer en profondeur dans l’univers du compositeur et de mesurer jusqu’à quel point son autre métier, celui d’architecte, était étroitement relié à sa pratique musicale.

Bourré de photos, de reproductions de plans et d’esquisses, de carnets, de lettres et de documents divers, en plus, bien sûr, d’un grand nombre d’écrits de Xenakis, d’un index critique de ses projets architecturaux (préparé par Sven Sterken) et d’une bibliographie de ses écrits (préparée par Makis Solomos), le livre de Sharon Kanach est en quelque sorte une exposition permanente et portative, qui est aussi un condensé de la poïétique du compositeur. Si sa musique vous surprend attendez de voir comment il la composait!

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