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Collection > Volume 20 Numéro 1-2 (2010) >

20 ans avant, 20 ans après
Introduction au numéro

Jonathan Goldman

Résumé

Introduction au numéro qui commémore le vingtième anniversaire de la revue, dans laquelle l’auteur fournit la justification pour le découpage du numéro en trois sections nommées «Hier», «Aujourd’hui» et «Demain». Dans la partie «Hier» s’esquisse l’histoire de Circuit ainsi que de quelques-uns de ces prédécesseurs notables; dans la partie «Aujourd’hui» sont reproduits, sans commentaires, des extraits de partitions ou d’esquisses d’œuvres créées principalement durant la saison 2009-2010; enfin, dans la partie «Demain» sont recueillies des réponses, livrées par divers acteurs du milieu de la musique contemporaine, à un questionnaire sur l’avenir de ce genre.

Qui a dit que «si à vingt ans on a le visage que Dieu nous a donné, à quarante ans on a le visage qu’on mérite»? Peu importe, mais admettons que quarante années dans la vie d’un homme équivalent au moins à vingt années dans la vie d’une revue de musique contemporaine… Voire plus: si on pense qu’aucune revue francophone de la musique contemporaine n’a atteint l’âge qu’a Circuit aujourd’hui, on serait portés à croire qu’avoir vingt ans pour une revue, ce n’est pas comme en avoir quarante, c’est carrément être centenaire en années d’homme. Circuit serait-elle alors l’Elliott Carter de la musicographie? Ce qui est sûr, c’est qu’arrivé à vingt ans, Circuit a bien le visage que nous nous sommes donné nous-mêmes. À quoi ressemble-t-il donc? Eh bien, il est le reflet du milieu dans lequel nous baignons: notre visage est à l’image de la culture de la création musicale contemporaine au Québec, au Canada et à l’échelle internationale. Et il me semble qu’il n’a pris aucune ride durant cette tranche de vie.

Un vingtième anniversaire se doit d’être souligné; voilà le but du numéro actuel. Mais justement, comment le souligner? En consacrant un numéro à un regard rétrospectif? Ce serait en quelque sorte paradoxal pour une revue dédiée depuis ses débuts au présent, voire au futur. C’est pourquoi nous ne consacrons que le premier tiers de ce numéro à un coup d’oeil dans le rétroviseur. Ce sera une tentative de savoir, en suivant la citation par laquelle cette introduction commence, quel est désormais notre visage. On sait que les revues de musique contemporaine ont une histoire, et la revue Circuit aussi. Cette partie, intitulée «Hier», se penchera donc sur cette histoire vue à trois échelles temporelles différentes: Jean-Jacques Nattiez, cofondateur de la revue, racontera d’abord les origines et l’essor subséquent de Circuit durant la décennie (les années 1990) où il l’a pilotée si brillamment. Pour sa part, Nicolas Donin se penchera sur l’histoire d’un de nos ancêtres proches: Musique en jeu, la revue française mythique des années 1970, un modèle explicite pour Circuit, comme le démontre l’article de Jean-Jacques Nattiez. Dans son article, Nicolas Donin livre des propos tirés des entretiens qu’il a réalisés avec deux des fondateurs de Musique en jeu, Dominique Jameux et Jean-Pierre Derrien. Ensuite, sur une échelle temporelle plus longue, Michel Duchesneau remonte jusqu’au début du xxe siècle afin d’inscrire Circuit dans la continuité des revues de musique, telle la Revue musicale, qui furent en plein foisonnement à partir de cette période. Enfin, cette section est couronnée par un index de tous les articles parus dans Circuit depuis le vol. 1, no 1, et classés par auteur. Un outil de recherche, certes, mais aussi une belle façon de montrer l’envergure des productions circuitiennes depuis deux decennies!

Si la partie «Hier» s’intéresse à notre revue et à ses origines historiques, pour leur part les deux autres sections se penchent sur notre objet d’étude: la musique contemporaine si délicieusement protéiforme. C’est le plus grand pari du numéro, car pour une fois dans la section «Aujourd’hui», nous laissons de côté tout commentaire. Nous reproduisons simplement des extraits de partitions ou d’esquisses d’œuvres qui seront créées au cours de la saison 2009-2010. Ce n’est pas que nous voulons laisser «la musique parler pour elle-même», comme le voudrait un certain discours anti-musicologique (pour lequel parler de la musique équivaudrait à vouloir «danser de l’architecture» 1), mais plutôt rendre hommage à la fois aux compositeurs et aux interprètes. Convenons qu’il est difficile pour une revue dédiée à la réflexion, au «discours sur», de laisser les œuvres passer sans commentaire. Le but de l’exercice? Prendre un instantané de l’activité musicale (surtout montréalaise, mais aussi québécoise et canadienne) au cours de l’année 2010 par des ensembles de musique de création. Bien sûr, cela ne veut pas dire que nous avons renoncé à notre responsabilité de médiateurs de la musique contemporaine: les œuvres mises en vedette dans la partie «Aujourd’hui» sont sélectionnées et juxtaposées par nos soins. Finalement, les traces de commentaire sont présentes même si nous n’accompagnons pas les partitions de textes écrits. Certes, parfois des critères purement graphiques interviennent, où nous choisissons un extrait pour son aspect graphique qui nous plaît, sans nous soucier outre mesure de son incarnation en son. Laissons-nous donc la parole à la musique? Pas vraiment, car ces extraits de partition ne «sonnent» pas; au lecteur d’essayer de déduire, à partir de ces graphismes codés, ce que le compositeur a souhaité exprimer. Notre but dans cette partie est simplement de mettre en évidence la somptueuse diversité d’expression qui existe dans la création musicale d’aujourd’hui: un éventail dont, il va sans dire, on ne pourrait se douter si on se fiait à l’écoute des programmes de concerts d’orchestres symphoniques ou de nos radios publiques.

Cela nous conduit à la troisième partie du numéro. Cette partie «Demain» prend la forme d’une enquête. En fait, depuis leurs débuts, les revues de musique contemporaine ont fait montre d’une prédilection pour les «enquêtes» auprès de compositeurs: en témoignent le premier numéro de la revue Contrepoints, de janvier 1946, de même que le troisième numéro de la revue, dans lequel le rédacteur en chef Fred Goldbeck suscite des réponses de compositeurs français aux questions suivantes, des questions qui sont en soi d’un grand intérêt historique pour les présupposés qu’elles impliquent: «Quel est le “canon” de votre Esthétique et de la Technique qui sert de base à votre style? Voyez-vous quelque principe général, principe de style, qui commande dans votre œuvre l’ensemble des procédés (harmonie, contrepoint, forme, choix du support sonore, etc.)? Y a-t-il des procédés d’écriture que vous appliquez systématiquement ou que vous bannissez systématiquement? Dans chaque œuvre d’art, il y a l’élément “œuvre” et l’élément “art”: le côté technique et le côté expression et signification; il y a l’architecture musicale dont vous êtes l’architecte, et il y a une magie musicale que vous subissez tout en lui donnant forme. Comment voyez-vous, pour votre musique, les rapports de ces éléments? 2» Les réponses sont parfois colériques (Henry Barraud: «au désagrément que j’ai à répondre à vos questions, je mesure combien elles sont indiscrètes 3»); parfois joliment imprévues (Messiaen: «L’Inspiration est comme la mort: elle nous attend partout. […] Les uns la cherchent en priant Dieu, d’autres en serrant un corps de femme. 4»); parfois étonnantes (comme Serge Nigg qui déclare au lendemain de la Libération qu’«il n’y a de pires chaînes que celles d’une trop grande liberté 5»).

C’est une formule qui resurgit souvent dans les revues, comme en témoigne l’enquête sur l’avenir de la musique sérielle menée par André Boucourechliev dans la revue Preuves en novembre 1965 6, dans laquelle le poète René Char proclame que «la musique sérielle aujourd’hui est le miroir mobile, cruel, vrai, intérieur et extérieur à la fois, d’un point de fusion nouveau de l’énigme des hommes 7», alors que Betsy Jolas, moins ardente, affirme «qu’il fallait voter sériel ou s’abstenir; voter sériel, même si de ce côté tout ne répondait pas absolument à nos aspirations, ou renoncer à les réaliser jamais 8». Pour sa part, si Maurice Le Roux dit que «le terme “sériel” ne doit pas être réexaminé, il doit être supprimé 9», ce n’est pas parce qu’il est contre, du moins pas à ce stade dans son cheminement. Au contraire, «le “sériel” est pour moi un phénomène irréversible, comme le fut en son temps la perspective10».

Parfois Circuit a eu recours aussi à l’enquête, histoire de faire un tour d’horizon rapide et synoptique (sur les idées musicales [vol. 17, no 1], sur le rôle de l’ordinateur pour le compositeur [vol. 18, no 1], sur l’influence de Stockhausen [vol. 19, no 2]). Dans le numéro actuel, nous sondons des compositeurs, interprètes, chefs d’orchestre et directeurs artistiques d’ensembles et de festivals, en privilégiant la relève, sur l’avenir de «notre» musique (les questions posées sont reproduites à la première page de l’enquête).

Cet anniversaire est aussi l’occasion de remercier tous ceux qui ont contribué à travers les années à l’essor de la revue. Tout d’abord, bien sûr, les cofondateurs: Jean-Jacques Nattiez et Lorraine Vaillancourt, directrice artistique du Nouvel Ensemble Moderne, pour avoir eu la conviction que la musique contemporaine pourrait bénéficier d’un forum de débats, d’un tel lieu de réflexion libre. Le premier rédacteur en chef, Jean-Jacques Nattiez, a laissé une empreinte indélébile sur l’avenir de la revue, et nous ne savons pas comment lui exprimer toute notre reconnaissance. Nous remercions également nos autres prédécesseurs à la direction de la revue: d’abord Jean Boivin, ensuite Michel Duchesneau, qui a entre autres transformé Circuit en revue bilingue, l’a fait passer de deux à trois numéros par an, a créé la rubrique «Actualités» et a réussi à obtenir le soutien dont nous bénéficions jusqu’à aujourd’hui du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Nous tenons aussi à remercier les directeurs administratifs/secrétaires de rédaction: Sophie Galaise, Julie Lebel, Martine Rhéaume et mon précieux collaborateur actuel Réjean Beaucage. Le soutien de notre maison d’édition, Les Presses de l’Université de Montréal (PUM) nous a été d’un immense secours depuis le début; nous tenons à remercier tout spécialement Benoît Melançon, Antoine del Busso, Sandra Soucy, Véronique Giguère, et le reste de l’équipe. Nos remerciements également à Jean-François Denis, David Turgeon et aux autres membres de l’équipe de DIFFUSION i MéDIA pour le design, l’hébergement et l’entretien de notre site Internet. Nous voudrions dédier ce numéro à tous les membres du comité de rédaction, passé et présent: Rémi Lapointe, Serge Provost, Isabelle Panneton, John Rea, Jean Lesage, Nicolas Donin, Robert Normandeau, Réjean Beaucage. Nous voudrions souligner tout spécialement l’apport de deux d’entre eux: d’abord John Rea, seul membre fondateur de la revue qui soit encore en poste, qui durant vingt ans de collaboration acharnée a partagé avec nous ses idées toujours aussi éblouissantes et provocatrices.

Ensuite, nous tenons à remercier Nicolas Donin, qui a tellement contribué, par ses idées et par son temps, à la revue ces dernières années, et pas seulement aux quatre numéros qu’il a dirigés «officiellement», que nous le considérons souvent comme le corédacteur en chef honorifique de la revue. Enfin, nous tenons bien sûr à remercier nos subventionnaires, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), Le Conseil des Arts du Canada, le Conseil des arts de Montréal, et nos partenaires: le consortium Érudit, la SODEP, la Société de musique contemporaine du Québec et la Faculté de musique de l’Université de Montréal, sans oublier les compositeurs, interprètes et sociétés de concerts qui fournissent la matière première à nos réflexions et enfin, les derniers, mais non les moindres, les nombreux collaborateurs de Circuit, dont on trouvera les noms sur le site Internet de la revue (www.revuecircuit.ca).

Bonne lecture, et bon anniversaire à Circuit!

Montréal, février 2010

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Conception et mise à jour: DIM.