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Collection > Volume 16 Numéro 1 (2006) >

Avant-propos

Michel Duchesneau

Ce numéro de Circuit doit son origine à une proposition de François Nicolas et de Célestin Deliège, qui souhaitaient voir publier les textes de conférences présentées lors d’une journée consacrée à l’imposant livre de ce dernier, Cinquante ans de modernité musicale: de Darmstadt à l’Ircam. Cette journée a eu lieu au Centre de documentation de la musique contemporaine (CDMC), à Paris, le 9 octobre 2003. À partir de cette proposition tout à fait intéressante, il nous a donc été possible d’élaborer un numéro consacré à un ensemble exceptionnel d’ouvrages consacrés à l’histoire de la musique du XXe siècle, bilans incontournables liés au passage au XXIe siècle.

En traçant un parcours critique au sein de ces «histoires» de la musique du XXe siècle, ces textes ont fait apparaître plusieurs perspectives et questionnements qui alimenteront les discussions pour un bon nombre d’années à venir.

Dans ce numéro, on pose en effet de nombreuses questions mais on esquisse aussi des réponses, sans doute partielles, mais combien enrichissantes, à au moins deux questions: celle que posait François Nicolas dans le cadre du séminaire de l’École normale supérieure dont faisait partie la journée consacrée au livre de Deliège: «Penser la musique contemporaine: avec/sans/contre l’histoire?», et la seconde qui découle de cette intéressante confrontation des différentes approches contemporaines de l’écriture de l’histoire: «Comment écrit-on aujourd’hui l’histoire de la musique du XXe siècle?» Ces questions sont d’autant plus d’actualité que, comme le souligne Georges Leroux dans son texte sur l’Encyclopédie dirigée par Jean-Jacques Nattiez, «l’histoire de la musique, telle que la projetait Carl Dahlhaus, n’est pas encore l’histoire de son savoir, elle n’est, jusqu’à date très récente, que l’histoire de son art, de sa poétique au sens canonique de son art d’écrire». Or, à travers les ouvrages ici présentés, le lecteur se trouvera confronté à des approches radicalement différentes et qui, dans certains cas, remettent en question l’objet dont se préoccupe l’histoire. Plusieurs de ces livres s’écartent délibérément des grands projets du XXe siècle comme le New Grove, mais aussi des histoires traditionnelles de la musique occidentale. Si le projet de Deliège s’inscrit dans une voie «engagée», ce qu’il conteste jusqu’à un certain point, d’autres s’inscrivent dans une optique d’ouverture quant à la diversité intrinsèque à la musique, tout en maintenant en filigrane l’idée des vastes projets de savoir encyclopédique héritée du XIXe siècle. Deliège nous semble alors véritablement être le témoin du combat mené contre le «néopositivisme» (Dufourt), bâtisseur d’une sorte de «roman historique récusant les prétentions totalisatrices des savoirs» (Nicolas).

D’une définition volontairement restreinte de la modernité chez Célestin Deliège à la réflexion englobante sur le «concept» de musique proposé par Nattiez, nous sommes devant une série d’ouvrages qui poussent le musicien à reconsidérer ses positions par rapport à la situation contemporaine fragile d’une mise en cause à répétition de la création musicale dite «savante» dans les sociétés occidentales (cf. Leroux). C’est d’ailleurs ce qui attire particulièrement l’attention de Philip Tagg, qui s’interroge non seulement sur le malaise entourant la modernité, mais aussi sur l’objet d’étude du premier volume de l’Encyclopédie éditée par Jean-Jacques Nattiez, où se côtoient la musique de tradition savante occidentale et les «autres» musiques dans une dynamique d’inégalité évidente. Ces approches, qui sont différentes histoires de la musique au XXe siècle, sont autant de récits et d’intrigues qui permettent un regard critique sur le passé fortement historicisé de la musique, tout en favorisant une réévaluation du devenir de la musique.

Ce numéro débute par un article de Martin Kaltenecker, qui questionne l’écriture de l’histoire et où est posée sans détour la question de savoir si la musicographie actuelle ne tend pas vers «une histoire de l’art sans art». Suivent les textes de François Nicolas, Nicolas Darbon, Hugues Dufourt, Béatrice Ramaut-Chevassus et Jean-Jacques Nattiez au sujet de l’ouvrage de Célestin Deliège, qui vient s’opposer au modèle de «description idiographique par “intrigues” [qui] semble s’imposer tout naturellement à l’historien du XXe siècle, qui renonce (du moins provisoirement) à tout point de vue supérieur, toute axiologie, tout travail conceptuel ou normatif qui hiérarchiserait une matière disparate, qu’il se contente de peigner pour en séparer les fils de façon autre» (Kaltenecker).

Deux textes sont consacrés à l’encyclopédie Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle de Jean-Jacques Nattiez: le premier est un compte rendu critique approfondi du musicologue et spécialiste des musiques populaires, Philip Tagg. Ce texte concerne le premier tome (Musiques du XXe siècle); le second est du philosophe Georges Leroux et se rapporte au second tome (Les savoirs musicaux).

Le vaste projet que représente la Oxford History of Western Music de Richard Taruskin fait l’objet d’un compte rendu critique savoureux de Robert Everett-Green, texte qui est paru en anglais dans The Globe and Mail et dont l’intérêt nous a poussé à le publier en français. Le numéro se termine sur une réflexion critique de Jonathan Dunsby au sujet d’un autre ouvrage imposant, intitulé The Cambridge History of Twentieth-Century Music et édité par Nicholas Cook et Anthony Pople, ouvrage qui tenterait, dans un sens, de créer une «mythologie» pour un XXe siècle musical.

Je vous convie donc à vous plonger dans cette remarquable somme de réflexions sur l’écriture de l’histoire de la musique. Il ne vous restera plus ensuite qu’à vous lancer dans la lecture des quelque 8500 pages qui constituent les cinq ouvrages étudiés!

Bibliographie

Cook, N. et A. Pople (dir.) (2004), The Cambridge History of Twentieth-Century Music, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 818 p.

Deliège, C. (2003), Cinquante ans de modernité musicale: de Darmstadt à l’Ircam: contribution historiographique à une musicologie critique, Sprimont, Mardaga, 1 024 p.

Nattiez, J.-J. (dir.) (2004), Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, vol. II, «Les savoirs musicaux», Arles, Actes Sud/Cité de la musique, 1 241 p.

Nattiez, J.-J. (dir.) (2003), Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, vol. I, «Musiques du XXe siècle», Arles, Actes Sud/Cité de la musique, 1 492 p.

Taruskin, R. (2005), Oxford History of Western Music, New York/Toronto, Oxford University Press, 4 252 p.

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