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Collection > Volume 14 Numéro 1 (2004) >

Éditorial

Nicolas Donin

Ce nouveau numéro sur le public et l’écoute fait pendant au Qui écoute? 1 paru début 2003 (Circuit, vol. 13, no 2). Cette fois, la question «Qui écoute?» est envisagée non plus du point de vue de l’esthétique musicale et de la composition, mais depuis celui des sciences humaines et sociales. On retrouvera donc le balancement, annoncé dans l’introduction générale aux deux numéros 1, entre ces sous-titres implicites: «Esthétique/Esthésique» pour Qui écoute? 1, et «Formes et formatages de l’écoute» pour Qui écoute? 2.

D’un numéro à l’autre, la question initialement posée a pris peu à peu consistance; si certains auteurs se réfèrent aux textes du premier numéro, le plus frappant est surtout le réseau de convergences partielles qui se tisse, à l’intérieur de ce second volet, entre les diverses contributions, esquissant des champs notionnels qui permettent d’aller déjà un peu plus loin dans l’investigation du «qui» — et du «comment» — de l’écoute: la disposition, la répétition, l’otonomie, discographies et discothèques, etc. À cet égard, Qui écoute? 2 forme bien un volume autonome dont la lecture ne présuppose pas la connaissance du premier numéro.

Les textes réunis ici sont résolument différents les uns des autres dans leurs méthodes, leur taille, leur style; ils sont autant de manières de formuler notre question à partir de displines hétéronomes: la sociologie avec Antoine Hennion, l’anthropologie avec Nicolas Jaujou, l’ethnomusicologie avec Bernard Lortat-Jacob, l’histoire avec Rémy Campos et avec Nicolas Donin, la philosophie, la psychanalyse et la critique littéraire avec Jean Lauxerois.

Le dossier s’ouvre par une note critique de R. Campos sur deux travaux anglo-saxons récents consacrés à l’écoute et au public au xviiie siècle et à la Renaissance; l’analyse des réussites et des lacunes de ces démarches débouche sur une mise en question radicale, tant sur le plan archivistique qu’épistémologique, de notre accès aux écoutes du passé. Le texte d’A. Hennion présente certains pans inédits de son enquête sur les amateurs de musique, qui a déjà abouti à de fructueuses révisions des hypothèses et des présupposés de la sociologie du goût. N. Jaujou livre un cas d’anthropologie du quotidien appliquée aux catégories musicales (modes de classement, définitions des genres musicaux, etc.); en interrogeant les responsables des rayons de disques de deux supermarchés de la culture, il fait vaciller les croyances implicites sur lesquelles s’appuie notre histoire-géographie musicale. B. Lortat-Jacob démonte en ethnologue la façon dont nos oreilles objectivent la musique à travers des filtres culturels: partielles, incompatibles, irréductibles, telles sont les écoutes de Chet Baker par des musiciens classiques et jazz qui se sont prêtés à quelques expériences d’écoute et de lecture. N. Donin montre, à partir d’une comparaison entre deux sociétés de concerts animées l’une par Schœnberg, l’autre par Boulez, comment se sont articulés les outils de la répétition musicale pour donner forme à un style d’interprétation et à des pratiques d’écoute radicalement hétérogènes — bien que proches dans le temps et souvent mis en continuité par leurs commentateurs. Enfin, J. Lauxerois, partant d’une critique acerbe de l’usage fait par les musicologues de la notion adornienne d’écoute structurelle, pose à nouveaux frais la question «Qui écoute?» à partir de textes d’Adorno inédits en français, puis via Lacan et Freud, et enfin à travers La recherche du temps perdu.

Bonne lecture.

Page article@14_1_1 générée par litk 0.600 le mardi 23 juillet 2019.
Conception et mise à jour: DIM.