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Collection > Volume 10 Numéro 2 (1999) >

Éditorial

Jean Boivin

Recherche de l’identité. Fidélité aux racines. Mais aussi enrichissement du milieu, du lieu choisi. Par la création et la recherche musicales. Amarrage de cette recherche, de cette création, avec le milieu. Importance, en ce sens, du soutien institutionnel. Quête d’équilibre. Souci de préserver l’identité. Son identité. Ces mots, et les concepts qu’ils représentent avec plus ou moins de précision, se mêlent et se croisent dans le discours récent sur la création musicale de notre temps. Et cette livraison de Circuit s’en fait — une fois de plus? — l’écho attentif.

Depuis le début de son existence, Circuit a en effet proposé à ses lecteurs plusieurs dossiers étoffés qui se rapportaient à des compositeurs québécois 1. Nous leur présentons maintenant quatre textes en hommage à des compositeurs et pédagogues dont la carrière québécoise gravite autour de la Faculté de musique de l’université McGill. Il s’agit de Bengt Hambraeus, Brian Cherney, Bruce Mather et alcides lanza. Trois auteurs, dont deux sont d’anciens étudiants, nous présentent avec chaleur différents aspects de la démarche créatrice et de la personnalité de ces quatre figures importantes de la vie musicale québécoise et canadienne, dont les œuvres sont jouées tant au Canada qu’à l’étranger. Tous les quatre sont nés ailleurs mais ont adopté le Québec, en premier lieu pour des motifs professionnels (Mather le premier, en 1966; lanza, en 1971; puis Cherney et Hambraeus, en 1972), et y ont rapidement trouvé un milieu propice au déploiement de leur énergie créatrice 2.

On constatera par ailleurs qu’au-delà des hasards de la vie de compositeur professionnel, certains points communs ont fait en sorte que ces quatre musiciens aux horizons passablement différents (Hambraeus est originaire de Suède et lanza, d’Argentine, tandis que Cherney et Mather sont tous deux natifs de Toronto) se sont rencontrés et sont devenus des collègues, appelés à enseigner des disciplines voisines et complémentaires dans la même faculté, à Montréal. Des passerelles se sont tendues entre leurs champs d’activités respectifs. Des réseaux serrés de liens se sont bientôt créés avec leur nouvel environnement, sans que soient rompus pour autant ceux qui les unissaient à leurs premiers ports d’attache. Chacun d’entre eux a apporté avec lui un bagage considérable, une somme d’expériences musicales, bien sûr, mais aussi culturelles, professionnelles, et tout simplement humaines, dont ils ont su faire profiter leurs nombreux élèves tout en enrichissant leur milieu de multiples façons.

Deux autres textes s’inscrivent, à leur manière, dans cette recherche de l’identité et du rapport étroit avec le milieu, thème qui parcourt l’ensemble du présent numéro. Au cours d’une discussion avec les membres du comité de rédaction sur l’impact de la participation québécoise au festival Présences, tenu à Paris à l’hiver de 1999, le comité m’a proposé d’en rédiger moi-même un compte rendu, puisque j’ai eu le privilège d’y assister durant une semaine. Le positionnement de la musique qui se crée au Québec par rapport aux divers courants européens et américains s’est révélé au cœur des conversations qui ont conduit à cet événement et qui l’ont entouré. En inaugurant ainsi une nouvelle chronique, «Éclats et résonances», nous souhaitons en fait que Circuit demeure ce qu’il a toujours été: une tribune d’échanges et de discussions, où les thèmes les plus divers suscitent des réflexions, voire de véritables prises de position, de la part de ceux qui sont plongés, à un titre ou à un autre, ici comme ailleurs, dans la création musicale contemporaine. Nous vous invitons donc à participer à cette chronique, à répondre aux textes déjà parus, à proposer des thèmes et des sujets de dialogues. À vos crayons!

Trois recensions d’ouvrage publiés récemment complètent ce numéro. Laurie Radford a lu un recueil de textes et d’hommages parus à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de naissance du compositeur Bengt Hambraeus, ce qui complète les pages qu’il consacre dans cette même livraison à son ancien professeur d’écriture et de composition. Par ailleurs, Jonathan Goldman nous livre un compte rendu d’un ouvrage qui relate l’historique de la politique de soutien à la musique contemporaine en France — sujet qui semble inépuisable ! — et, plus spécifiquement, celui de l’expression «recherche musicale», dont le sens est loin de faire l’unanimité. On ne s’étonnera pas que l’Institut de Recherche et de Coordination Acoustique-Musique de Paris (mieux connu sous l’acronyme IRCAM), fondé par Pierre Boulez en 1975, occupe une place centrale dans ce livre. Cette célèbre et toujours controversée institution (que plusieurs «aiment tant détester», pour emprunter une expression populaire américaine) continue de faire couler beaucoup d’encre. Le compositeur français Jean-Baptiste Barrière nous livre justement ses réactions face à un ouvrage ouvertement polémique qui y est consacré. Barrière, témoin privilégié du développement de l’IRCAM au cours des dix dernières années, se porte à la défense d’un projet auquel il croit avec toujours autant de conviction que de lucidité.

Je profite de l’occasion pour souhaiter la bienvenue à trois nouveaux membres du comité de rédaction. D’abord, ce numéro est le premier qui ait été produit depuis le départ de Sophie Galaise, qui avait participé à la création de Circuit et qui en a été la dévouée secrétaire de rédaction, poste qu’elle cumula rapidement avec celui de directrice administrative. Nathalie Mamias occupe dorénavant cette double fonction. C’est peu dire que Nathalie et moi mesurons maintenant toute l’ampleur de ce qui a été accompli par l’ancienne équipe! Isabelle Panneton, compositrice et professeur à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, s’est jointe au comité de rédaction il y a plusieurs mois, et c’est donc avec un certain retard, mais d’autant plus de sincérité, que je souligne aujourd’hui la valeur de sa contribution. Jonathan Goldman est entré pour sa part au comité au moment où nous préparions ce numéro. Jeune musicologue plus que prometteur, inscrit au doctorat à l’Université de Montréal sous la direction de Jean-Jacques Nattiez, il vient se joindre à une équipe dont le dynamisme n’a d’égal que la compétence, et avec laquelle il m’est très agréable de travailler.

À la suggestion d’Isabelle Panneton, l’illustration de ce numéro a été confiée à l’artiste d’origine autrichienne Anne Kahane qui a, elle aussi, choisi de vivre au Québec et dont je découvre avec joie l’ampleur du talent.

Page article@10_2_1 générée par litk 0.600 le lundi 10 décembre 2018.
Conception et mise à jour: DIM.