Circuit - Musiques contemporaines
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Collection > Volume 8 Numéro 2 (1997) >

Éditorial

Johanne Rivest

Qui est John Cage? Est-ce un compositeur? Un philosophe? Un simple ou dangereux provocateur? Un fumiste? Un enfant de son siècle? Un père dont se réclament plusieurs artistes? Et qu’en est-il du lien qui a pu se tisser entre Cage et divers intervenants du Québec, qu’ils soient artistes multidisciplinaires, musiciens, compositeurs, musicologues, professeurs ou philosophes?

Ce numéro propose une compréhension du phénomène Cage, d’abord «par lui-même», grâce à une entrevue substantielle de George Nicholson en 1989, puis à travers la perception de personnalités-témoins rayonnant au Québec. Le but est de mieux cerner l’impact, sur ce territoire, de la secousse sismique qu’ont occasionnée les manifestations cagiennes au XXe siècle. Mais Cage n’est pas venu visiter le Québec très souvent… Sa musique y est d’ailleurs moins représentée qu’en Europe ou aux États-Unis. Malgré tout, des pointes de rhizomes ont convergé, d’innombrables individus ont été touchés. L’objectif est donc de décrire cette infiltration par une sorte de portrait qu’en font les personnes les plus susceptibles d’avoir subi le choc, les musiciens et les artistes. Ainsi, le musicien Robert Léonard rend compte de l’impact de Cage auprès des interprètes en évaluant son importance dans le milieu musical américain. Le compositeur Jean Piché démontre à quel point le «refus global» que Cage oppose aux conceptions pro-européennes contribue à forger une identité nordaméricaine dont se réclameront, au Québec, les adeptes des musiques alternatives de la génération postérieure à celle de Cage. L’artiste Raymond Gervais propose une réflexion axée sur certains paradoxes constitutifs de l’art de Cage, en insistant sur sa relation au disque et au jazz. L’artiste et écrivain Rober Racine tisse un réseau de rencontres réciproques et complémentaires entre Satie et Cage, entre le silence et la vie, l’évanescence et la résurgence. Le compositeur Andrew Culver, collaborateur de Cage pendant les dix dernières années de sa vie, interprète les fondements de sa pensée, de l’harmonie anarchique au non-but délibéré. Enfin, le compositeur Malcolm Goldstein témoigne à titre d’interprète-improvisateur sur le processus dynamique qui entre en jeu dans l’exécution des oeuvres indéterminées de Cage, en particulier Theatre Piece.

Tout de même, Cage a bien laissé quelques empreintes tangibles au pays de la froidure. II a été invité officiellement à quatre reprises: d’abord, par le regretté compositeur québécois Pierre Mercure pour la Semaine internationale de musique actuelle, tenue à Montréal du 3 au 8 août 1961; ensuite, par Maryvonne Kendergi 1 pour les Musialogues, conjointement avec l’Atelier-laboratoire de la Faculté de musique et le Service d’animation culturelle de l’Université de Montréal, les 15 et 16 février 1973; puis, par Russell T. Gordon 2 du Département des beaux-arts de l’université Concordia de Montréal le 16 janvier 1979; enfin, par le défunt Pierre Ayot, alors directeur de la galerie Graff et de la Maîtrise en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en collaboration avec la Chapelle historique du Bon-Pasteur, du 2 au 4 novembre 1989. Des références à ces passages se retrouveront ici pêlemêle: par le biais de l’oeuvre commandée par Pierre Mercure, Atlas Eclipticalis, l’article de Johanne Rivest relate les circonstances de la visite de 1961; le témoignage de Robert Léonard aborde en oblique celle de 1973; les textes de Raymond Gervais et Andrew Culver mentionnent celle de 1979; et deux contributions de John Cage résultent de sa visite de 1989: d’abord, une entrevue fascinante qu’il avait accordée à George Nicholson pour l’émission Les Musiciens par eux-mêmes, diffusée l’année suivante et, ensuite, un amusant mesostic 3 dédié à Guy Soucie, directeur de la Chapelle historique du BonPasteur. Le philosophe et musicien français Daniel Charles, exégète reconnu de John Cage, était également à Montréal pour cette occasion; il avait prononcé une allocution sur l’invité, pris part à une table ronde sur Joyce, Salie et Cage, et donné une conférence. Son texte inédit clôt le numéro en opposant subtilement Gilles Tremblay à John Cage, en insistant sur la portée existentielle de la notion d’imprévisible.

Les illustrateurs du numéro sont nombreux, ce qui démontre une fois de plus les multiples ramifications du personnage John Cage. La couverture représente A Year From Monday (1989) de Pierre Ayot. A l’intérieur des pages, des artistes et étudiants de la Maîtrise en arts plastiques de l’UQAM ont chacun exécuté une sérigraphie à partir d’un cliché d’Ayot représentant John Cage, offrant ainsi autant de variations qu’il y a de subjectivités à la tâche. Ces oeuvres procèdent par ajouts en superposition au portrait de Cage ou par effacement de la figure même de Cage. Par analogie, s’il y a influence de John Cage sur les artistes québécois, c’est celle de les avoir poussés à réaliser leurs propres projets, plutôt que de chercher à former des émules.

J’adresse mes chaleureux remerciements à tous les auteurs et illustrateurs, ainsi qu’à Jean-Jacques Nattiez, rédacteur en chef de la revue CIRCUIT, aux membres du comité de rédaction, de même qu’à sa directrice administrative, Sophie Galaise, pour l’accueil réservé à ce projet.

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Conception et mise à jour: DIM.