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Collection > Volume 4 Numéro 1-2 (1993) >

Éditorial

Francis Dhomont

En dépit des inévitables combats d’arrière-garde, il paraît aujourd’hui anachronique d’ignorer le rôle que joue l’électroacoustique dans la musique de notre temps et l’importance (quantitative, assurément, mais souvent aussi qualitative) de son répertoire international.

CIRCUIT, revue consacrée à la musique du XXe siècle, se devait d’apporter sa contribution en consacrant un numéro à ces musiques du siècle qui se profile, d’autant que le Québec, depuis quelques années, y occupe une place de choix.

C’est donc avec enthousiasme que j’ai accepté de prendre la responsabilité de ce numéro, suite à la proposition de Jean-Jacques Nattiez et du comité de rédaction de CIRCUIT, mais aussi avec quelques craintes. Comment couvrir, en effet, en moins de deux cents pages un sujet si vaste et si obstinément négligé, n’ayons pas peur de le dire, par les musicologues officiels? Fallait-il accorder la priorité à l’information ou à l’exégèse? Ce bilan pouvait-il prétendre à l’exhaustivité? A qui donner la parole? Allait-on devoir renoncer aux prises de position polémiques, toujours si stimulantes dans CIRCUIT, sous prétexte de respecter les règles de l’objectivité?

Comme on s’en rendra compte, j’ai pris le risque de mélanger les genres, espérant ainsi que chacun y trouverait son miel: le néophyte, des éclaircissements historiques et généraux; l’auditeur averti, des précisions introuvables ailleurs; l’homme de l’art et l’«electro-freak», des confrontations de spécialistes et un outil théorique.

Le cheminement de l’électroacoustique au Québec et sa situation actuelle sont donc fidèlement relatés et analysés dans Aperçu du genre électroacoustique au Québec. D’ici et d’ailleurs permet à quatre musiciens, dont trois sont extérieurs à la production québécoise, de s’exprimer en toute franchise sur l’image qu’ils s’en font et sur l’événement international (ICMC) qui s’est déroulé à Montréal en 1991. Avec L’électroacoustique au futur, nous pénétrons au coeur d’une réflexion polymorphe et prospective. Suit un Dossier en étoile où l’on trouvera quelques précisions statistiques révélatrices et une discographie que nous espérons aussi exhaustive que possible.

Jetant un regard synoptique sur le contenu du numéro 1, les signes d’un certain tropisme vers l’art acousmatique 2 ne peuvent m’échapper. Puisque j’ai, à juste titre, la réputation d’être moi-même un «acousmotrope 3» impénitent, j’aimerais lever quelques doutes en prévision du procès d’intention qui pourrait m’être fait. Dans sa version première, la composition de ce numéro s’attachait à rendre compte scrupuleusement des divers courants de pensée électroacoustiques qui coexistent au Québec et, pour cela, j’avais sollicité des textes illustrant les tendances les plus représentatives. Les choses étant ce qu’elles sont, plusieurs de ces textes se sont égarés en chemin, ce qui a fait pencher la balance un peu plus - mais pas tant que ça - vers l’acousmatique. Mon goût pour l’équité en souffre, certes, mais je me console en tirant de l’incident quelques enseignements et conclusions, point de vue qui n’engage que moi et que voici exposé tout uniment.

La plupart des témoignages qui figurent ici, quelles que soient les opinions de leurs auteurs, s’accordent à reconnaître à l’acousmatique québécoise une position dominante. II n’est donc ni surprenant ni incongru que sa représentation dans ces pages soit, en quelque sorte, proportionnelle à sa vitalité.

En outre, il faut bien admettre que la réflexion esthétique se trouve, en règle générale, du côté des acousmates. II suffit pour s’en convaincre de questionner les bibliothèques spécialisées ou d’assister à quelques rencontres d’électroacousticiens: le questionnement esthétique y est habituellement réduit à la portion congrue et occupe souvent la place du pauvre sous l’escalier. Les seules exceptions étant le fait (vérifiable) des groupes acousmatiques qui auraient peut-être un penchant naturel pour les sciences humaines plutôt que pour les sciences exactes. L’électroacoustique ne manque certes pas d’inventeurs, mais il semble qu’elle soit encore à la recherche de ses philosophes.

Qu’on ne s’imagine pas que je retire de ce constat quelque jubilation perverse; bien au contraire, je suis le premier à déplorer cet état de fait qui, en privilégiant l’échange de recettes et de hochets périssables, nous prive dramatiquement de l’échange des idées, le seul qui ait une chance de donner à l’électroacoustique une crédibilité.

Cela dit (et il fallait que cela fût dit), je conclurai ce rapide tour du propriétaire en rappelant qu’il convient de ne pas donner à cette «coloration» acousmatique une importance exagérée. Fort heureusement, d’autres points de vue et d’autres talents sont venus nourrir, éclairer, diversifier notre étude. À tous les collaborateurs de ce numéro, hommes et femmes de conviction, j’adresse de sincères remerciements. J’espère enfin que cet effort de synthèse, ces quelques propositions et points de repère permettront au lecteur de parfaire ses connaissances ou, qui sait, de découvrir ce qui pour beaucoup demeure encore une énigmatique terra incognito.

L’électroacoustique a plus de quarante ans, à peine l’âge des premiers balbutiements par rapport à l’histoire de la musique. Mais l’âge, aussi, d’être enfin entendue, «reconnue» (au sens cognitif) par l’oreille contemporaine.

Page article@04_1-2_01 générée par litk 0.600 le mardi 23 juillet 2019.
Conception et mise à jour: DIM.