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Collection > Volume 2 Numéro 1-2 (1991) >

Éditorial

Jean-Jacques Nattiez

II y a au moins trois raisons de consacrer un numéro entier de CIRCUIT à Claude Vivier.

Le temps confirme ce que plusieurs pensaient de son vivant: Claude Vivier, qui aurait aujourd’hui quarante-trois ans, a été, est peut-être encore, le compositeur québécois le plus original de sa génération.

En second lieu, son abondante production-quarante-huit compositions aujourd’hui recensées - est de plus en plus reconnue au niveau international. En 1985, le festival Almeida de Londres programmait douze oeuvres de Vivier et il revint à lui en 1989. Ses compositions furent jouées à Montepulciano, à Amsterdam et à Paris (par les ensembles 2e 2m et l’Itinéraire). France-Musique lui consacra une journée entière après son décès le 7 mars 1983 et souligne chaque année l’anniversaire de sa mort. Gyàrgy Ligeti inscrivit plusieurs de ses pièces au cours de sa tournée de concerts à travers l’Allemagne. Et que ce grand compositeur ait accepté d’ouvrir ce numéro de CIRCUIT par un témoignage sur la musique de Vivier particulièrement élogieux suffirait à dire de l’importance de son oeuvre et de sa démarche.

Enfin, les enjeux actuels du postmodernisme musical confèrent à l’oeuvre de Vivier, oeuvre close alors qu’on commençait à peine à théoriser les difficultés du modernisme post-darmstadtien, une importance esthétique considérable. Quittant, sous l’influence de Stockhausen, l’écriture structuraliste de ses débuts, il a une personnalité musicale suffisamment forte pour dessiner, oeuvre après oeuvre, une nouvelle orientation stylistique dont certains s’inspirent aujourd’hui.

L’essentiel de ce numéro est centré autour des écrits de Claude Vivier. II n’est pas exagéré de dire, ce qui peut sembler un paradoxe lorsqu’il s’agit de musique, que son oeuvre est essentiellement autobiographique. Des aspects entiers de son orientation stylistique et le sujet de ses compositions vocales s’expliquent par l’univers religieux, mystique, voire ésotérique qui est le sien, et pour étranger que ce monde-là puisse être à beaucoup de ses auditeurs, savoir comment il se le représentait ne peut que faciliter la compréhension de son oeuvre musicale. Davantage: Vivier aura vécu, rêvé, peut-être même désiré sa mort. En témoignent, entre autres compositions, le bouleversant Journal, où il met en scène non seulement sa mort violente (Vivier a été assassiné), mais son propre Requiem, et, de manière presque insoutenable, Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele. Comme me le disait un jour Gilles Tremblay, son professeur de composition au Conservatoire de Montréal: «Vivier est un des rares créateurs d’aujourd’hui à avoir composé une musique essentiellement tragique.»

Cette collection des écrits, présentés et annotés par Véronique Robert à partir des documents des archives Claude Vivier mis à notre disposition et rassemblés par Thérèse Desjardins, est précédée par le premier essai systématique de liste chronologique des oeuvres de Vivier, dû à Jaco Mijnheer et Thérèse Desjardins. Elle est suivie par une copieuse discographie critique de Johanne Rivest qui permettra à chacun de se procurer la totalité des enregistrements actuellement disponibles.

Dans les deux numéros du premier volume, CIRCUIT avait tenu à faire lé «raccord» avec la décennie précédente en publiant deux panoramas de la composition et de la discographie contemporaines au Québec au cours des années 1980. À partir du présent numéro, nous entreprenons de suivre à la trace l’actualité de la création musicale québécoise par un bilan annuel de la saison écoulée. Cette première photographie de l’activité en musique contemporaine à Montréal a été confiée à Dominique Olivier qui est une des rares personnes à avoir suivi la quasi-totalité des événements extrêmement nombreux présentés dans cette ville en 1990-1991. Je tiens à souligner qu’une des raisons pour lesquelles nous avons fait appel à elle vient de ce qu’elle avait spontanément envoyé un bref article proposant une réflexion de fond sur un problème d’esthétique musicale à partir d’une oeuvre particulière créée cette année-là. Ce fait me donne l’occasion de rappeler que CIRCUIT est aussi la revue de ses lecteurs et de ses lectrices et que vos opinions, comme chacun pourra le constater, n’ont pas à être conformes à celles du rédacteur en chef. CIRCUIT se veut un forum d’échanges et de débats. Toute contribution bien étayée à la réflexion sur les enjeux esthétiques de la création musicale contemporaine est particulièrement la bienvenue.

Enfin, j’attire tout particulièrement l’attention de tous ceux et celles qui s’intéressent à l’analyse musicale sur le Concours d’analyse musicale Serge Garant lancé par CIRCUIT, en hommage au compositeur québécois qui a inspiré le nom de notre revue. Espérons que notre appel sera largement entendu.

Page article@02_1-2_1 générée par litk 0.600 le mardi 9 avril 2019.
Conception et mise à jour: DIM.