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Collection > Volume 26 Numéro 3 (2016) > Supplément web >

Anamorphoses (essai sonore)

Mario Gauthier

Extrait sonore

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  • Podcast

J’ai tenté, dans ce podcast, de rendre compte d’une idée de Pierre Schaeffer selon laquelle

[le] cinéma et la radio n’ont pas seulement pour rôle de transmettre les images et les sons, mais de leur faire dire quelque chose. L’image d’un objet, la modulation d’un bruit, ne nous parviennent plus en tant que telles, non seulement à cause de la signification qui leur est attachée, mais à cause de la suggestion dont elles sont porteuses 1.

Cette idée de «dire sans mots», de «suggérer sans montrer», c’est-à-dire de considérer que le son possède un aspect narratif et imagier inhérent, m’a toujours interpelé malgré la difficulté certaine qui se pose dès qu’il s’agit de «rendre compte» de cet effet.

Je suis conscient ici que «quelque chose dans l’esprit résiste à la phrase 2», en ceci que cette proposition suggère qu’il existerait un vacillement préalable et continu entre l’entendu, le vu, le visible, l’imagier et l’imaginaire, et dont l’auditeur tiendrait compte de manière volontaire et inconsciente dans sa compréhension de ce «dire» qui leur est sous-jacent.

Afin de mettre ce phénomène en relief, j’ai conçu une série de jeux sonores d’allers-retours entre ces deux états, espérant ainsi rendre potentiellement audible comment agit ce processus «à double détente 3». Car si le son engendre intrinsèquement de l’imagier, on peut s’interroger quant aux formes que cela peut prendre. Quelle est la part de l’imaginaire du spectateur dans ce transfert de réalisme et d’affects? Opère-t-il à partir de résidus de conscience qui proposeraient la «possibilité de réaliser [un] savoir dans la matière intuitive qui [lui] est fournie 4»? Que devient alors la causalité première? Etc.

Comme tout cela se passe simultanément dans un temps réel et un temps psychologique, la notion d’anamorphose, telle que Pierre Schaeffer la décrit en disant qu’elle est un «cas particulier de corrélation entre signal physique et objet sonore […] faisant penser à une déformation psychologique de la réalité physique, et qui [traduit] l’irréductibilité de la perception à la mesure physique 5», m’a semblé être adéquate pour rendre compte de ces phénomènes perceptifs liés à la fois au souvenir et à la perception subjective de ce temps aux rivages incertains.

Comment se construit notre perception? Comment — telles les anamorphoses justement — le son acquiert-il «un sens», par associations référentielles, prises en soi ou non? Comment se déploie-t-il en générant des jeux continus de sens dans un espace-temps donné, fictif ou réel? Ces quelques questions résument ce que j’ai cherché à rendre compte dans ce podcast dans lequel collages, créations et citations sont agglomérés en des formes parfois improbables, mais qui toutes, tentent de témoigner d’une sorte «d’envers de l’endroit 6», celui «que disent» les choses, par-devers et en nous, en quelque sorte.

Page article@26_3_08.1 générée par litk 0.600 le jeudi 29 juin 2017.
Conception et mise à jour: DIM.