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Collection > Volume 25 Numéro 2 (2015) >

Introduction
Chants de la Terre?

Jonathan Goldman

Nul besoin d’insister sur le fait que notre époque est imprégnée d’une inquiétude profonde quant à la survie de notre planète face aux diverses atteintes — récentes ou non — à sa santé écologique. Même si la musique est le plus immatériel des arts, les musiciens ne se sentent pas moins concernés que les autres artistes par la terre menacée. Plusieurs compositeurs de nos jours se réclament d’un point de vue explicitement écologiste. Ajoutons d’emblée que cette conscience ne date pas d’hier: sans prendre la peine de remonter jusqu’aux représentations de la nature que l’on trouve dans telle symphonie pastorale ou fantastique, on peut rappeler qu’au début des années 1970, Gérard Grisey parlait déjà de la démarche de la composition spectraliste comme d’une «écologie du son»; pour sa part, presque au même moment, l’incontournable canadien R. Murray Schafer développait la notion d’écologie acoustique, reliée à son concept de paysage sonore (soundscape) développé au sein du World Soundscape Project (WSP) à l’Université Simon Fraser de Vancouver, facilement assimilable au mouvement écologiste général de l’époque 1. Les travaux sur le paysage sonore restent un chantier d’activité artistique important. On peut penser au compositeur Barry Truax, actif au sein du WSP et créateur d’une œuvre comme Riverrun (1986), un classique à la fois de la musique électronique et de l’évocation de la nature (via la synthèse granulaire) 2. L’esprit de l’écologie sonore transparaît tout aussi évidemment dans les installations sonores de Hildergard Westerkamp, dont on peut retracer certains prolongements aujourd’hui 3.

Cette tendance s’observe depuis longtemps dans les arts plastiques, au point où il serait vain d’essayer d’énumérer tous les projets récents qui adoptent le changement climatique comme objet de réflexion. Soulignons seulement le projet The Crochet Coral Reef conçu par Margaret et Christine Wertheim, qui propose une recherche sur les formes mathématiques présentes dans la barrière de corail en en créant un simulacre tricoté, visant ainsi à attirer l’attention des spectateurs sur une appréhension de la fragilité des environnements menacés par le changement climatique 4. Ces dernières années, d’autres projets similaires ont été largement documentés dans les magazines de beaux-arts 5.

Ce numéro explore des projets musicaux qui touchent à l’écologie. Ricardo Dal Farra inaugure le dossier thématique par une présentation de trois événements réalisés dans cette lignée (Balance/Unbalance, «art! ⋈ climate» et EChO). Pour sa part, l’électroacousticien et historien de la musique électronique Joel Chadabe, prenant la notion d’écologie acoustique de Schafer comme point de départ, a lancé il y a une décennie le festival Ear to the Earth en réponse à la crise climatique que nous vivons. Il dresse ainsi ici un portrait de cet événement devenu depuis un organisme international. Le compositeur Charles-Antoine Fréchette expose, quant à lui, une méthode de composition qualifiée par lui-même d’ «écomimétique» qui, dans la lignée des Spectraux, s’inspire de l’auscultation de la nature dans ses structures profondes, ou, selon les termes de l’auteur, consiste en «l’exploration de la relation entre un son en apparence banal de notre environnement sonore et son potentiel de métaphorisation, d’expression et de structuration dans l’œuvre musicale, une fois celui-ci imité et incarné par un matériau musical différent de la source elle-même». Le DJ et auteur DJ Spooky (de son vrai nom Paul D. Miller) a depuis longtemps occupé des strates raréfiées de la création sur platine, notamment en remixant des œuvres de Xenakis ou de Boulez, et en présentant ses œuvres dans les musées autant que dans des boîtes de nuit. Dans le Document figure ainsi une traduction inédite du texte qui accompagnait sa contribution au Pavillon de l’archipel des Maldives à la Biennale de Venise de 2013. Enfin, le Cahier d’analyse étend la notion d’espace — entendue dans un sens territorial dans les autres contributions de ce numéro — vers une dimension métaphorique, voire psychologique, dans l’analyse de l’œuvre Espace/Escape du compositeur électroacoustique Francis Dhomont, cosignée par Andréa Marsolais-Roy, Loriane Takla et Vanessa Sorce-Lévesque.

Dans la rubrique des Actualités, Jacques Amblard et Anne Marie Messier présentent chacun un compte rendu, l’un d’un ouvrage de Makis Solomos (De la musique au son, 2013), l’autre de la thèse de doctorat de Claudine Caron, récemment publiée (Léo-Pol Morin en concert, 2013). Cléo Palacio-Quintin et Chantale Laplante nous offrent les traditionnelles Nouveautés en bref, suivies de la seconde partie (et fin) du bilan de Symon Henry du projet Génération 2014 de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+).

Bonne lecture!

Montréal, juin 2015
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