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Collection > Volume 24 Numéro 1 (2014) > Actualités >

Nouveautés en bref

Isaiah Ceccarelli

(fig. 1)

Justin DeHart — Strange Paths — Innova / Innova 849 / 2013

Justin DeHart 1 est un percussionniste, ingénieur du son et réalisateur très actif en Californie. Originaire de cet État, il détient une maîtrise de Cal Arts et un doctorat de l’Université de la Californie à San Diego, où il a notamment été membre de l’ensemble de percussions Red Fish Blue Fish. Actuellement professeur au Conservatoire de musique de l’Université Chapman et à l’Université de Riverside, ainsi que membre du Los Angeles Percussion Quartet, DeHart nous livre ce premier disque en solo, Strange Paths, chez Innova Records 2. Ce premier disque de percussions seules s’ajoute à une discographie impressionnante où il figure comme interprète de musique contemporaine et comme accompagnateur en musiques populaires. DeHart se produit aussi dans le monde du dub sous le pseudonyme de Doctor Echo.

Le répertoire de ce disque est une collection serrée de longues œuvres écrites par quelques-uns des compositeurs contemporains les plus connus. Chaque pièce est interprétée avec précision et une grande attention aux nuances. L’enregistrement est chaleureux et la profondeur de son séduisante.

XY, de Michael Gordon, est une œuvre pour cinq petits tambours dans laquelle chaque main doit constamment jouer indépendamment de l’autre, tant rythmiquement que dynamiquement. Le compositeur explique dans les notes de la pochette qu’il s’est inspiré de l’image d’une hélice d’ADN qui tourne sur elle-même et monte en spirale. Psappha, de Iannis Xenakis, est écrite sur une grille graphique. DeHart interprète merveilleusement la puissance que nécessite cette monumentale œuvre classique pour percussions. En raison de sa complexité, Bone Alphabet, de Brian Ferneyhough, est considérée comme un rite de passage pour les percussionnistes. La musique est mentalement et physiquement éprouvante et demande un engagement envers l’interprétation, la notation, la chorégraphie, la mémoire et l’endurance. They Looked Like Strangers, de Stuart Saunders Smith, est la piste la plus longue de l’album (plus de 24 minutes) et se divise en quatre mouvements. DeHart décrit l’œuvre comme un voyage lyrique, aux harmonies jazz et tonales, suivant une forme libre et flexible.

Très bien interprété et enregistré, cet album est conseillé aux percussionnistes et aux compositeurs qui s’intéressent aux œuvres pour percussions seules ou à ces grands compositeurs des XXe et XXIe siècles.

(fig. 2)

Richard Glover — Logical Harmonies — Another Timbre / AT66 / 2013

Another Timbre 3, étiquette anglaise de musiques contemporaines improvisées et écrites, produit des albums de très bonne qualité, à la direction éditoriale claire et à l’intérêt musical soigné. Par exemple, on trouve dans son catalogue un coffret du collectif Wandelweiser, des œuvres des compositeurs Antoine Beuger et Bryn Harrison, ainsi que des albums des improvisateurs Olivier Toulemonde, Ferran Fages et Pascal Battus.

Ce récent album de process music du compositeur anglais Richard Glover4, Logical Harmonies, est un très bon exemple de la réussite de la maison. La musique de Glover demande avant tout à être écoutée.

On n’y entend ni le processus, ni le travail des interprètes. L’auditeur peut facilement et directement plonger dans l’expérience de l’écoute. Ayant eu l’occasion de côtoyer Glover à plusieurs reprises à Montréal et en Angleterre, où il est professeur à l’Université de Huddersfield, je suivais déjà sa musique, empreinte d’une originalité remarquable. Cet album vient confirmer et solidifier sa place bien méritée parmi les jeunes compositeurs anglais en vue de nos jours.

Le charme de ces œuvres commence par le souci apporté aux sons eux-mêmes. Dans un entretien disponible sur le site Web d’Another Timbre 5, Glover explique que ce qu’il aime dans le processus de composition, c’est de créer un concept: si celui-ci est juste, la pièce ne requiert pas d’être travaillée. De fait, selon lui, le moins il bricole, meilleur est le résultat.

Cette idée est présente dans les œuvres proposées: Logical Harmonies 1 et 2 pour piano, Beatings in a Linear Process pour clarinette, violon et violoncelle (enregistrée à Montréal par l’ensemble Portmantô en 2012), Gradual Music pour petit ensemble, Imperfect Harmony pour contrebasse et Contracting Triads in Temperaments from 12 — 24 pour clavier. Les partitions — dont certaines sont disponibles sur son site Web — montrent une simplicité absolue: souvent, elles ne se composent que de quelques notes et d’un court texte explicatif. En tant qu’interprète, ces œuvres d’une remarquable efficacité me semblent aussi agréables à jouer qu’à écouter.

En somme, cet album est une grande réussite pour Richard Glover, un compositeur que je vous invite fortement à suivre, ainsi qu’un autre succès pour l’étiquette Another Timbre.

(fig. 3)

Ensemble Transmission — Transmission — Production Ensemble Transmission / ENTR001 / 2013

Constitué de quelques-uns des musiciens les plus en vue de la musique contemporaine québécoise, l’Ensemble Transmission fut fondé en 2008 afin de jouer, selon son site Web 6, autant des œuvres «normales» que d’autres «pas-tout-à-fait-normales». Après s’être démarqué lors de nombreux concerts et festivals tant en Amérique du Nord qu’en Europe, et en prévision de sa prochaine tournée pancanadienne, l’ensemble nous offre ce premier CD composé de six œuvres: Continuo (ns) de Philippe Leroux, Feuilles à travers les cloches de Tristan Murail, Arpège de Franco Donatoni, Déviation de Karlheinz Essl, The Riot de Jonathan Harvey et Plekto de Iannis Xenakis.

Les musiciens de l’ensemble sont déjà connus du grand public comme étant des solistes virtuoses: Guy Pelletier à la flûte, Lori Freedman à la clarinette, Alain Giguère au violon, Julie Trudeau au violoncelle, Julien Grégoire aux percussions et Brigitte Poulin au piano. Ensemble, ils arrivent à étonner l’auditeur, même initié, à chaque nouvelle écoute. Ils maîtrisent chaque œuvre, jouant sans souci apparent, et permettent à la musique de résonner selon l’intention du compositeur. La justesse de leur interprétation et de leur écoute ainsi que le plaisir évident qu’ils éprouvent à jouer ensemble sont remarquables.

Le programme est judicieusement préparé: on croirait assister à un concert en direct tant le déroulement des œuvres est bien réfléchi. Le choix du lieu d’enregistrement, la Chapelle historique du Bon-Pasteur à Montréal, explique la qualité sonore très agréable. Ce genre de souci des moindres détails caractérise la démarche singulière de Transmission. Ces musiciens montrent que la virtuosité, de nos jours, va bien au-delà de la maîtrise des techniques musicales. Elle s’étend dans tous les domaines: le choix du répertoire complémentaire, le jeu d’ensemble (sans chef, il faut bien le noter), le financement de l’album (réalisé sans aucun financement gouvernemental) et la programmation des tournées et de la saison annuelle. Dans la pochette, les interprètes se décrivent même comme des «artistes, musiciens, penseurs et producteurs indépendants».

Transmission est un ensemble qui s’est déjà fait remarquer au Québec, au Canada et ailleurs. Leur son d’ensemble est rare — même chez des formations qui existent depuis plus longtemps —, et ils mettent beaucoup d’énergie à réaliser leurs projets. Ce premier disque est peut-être une carte de visite dans le monde de la musique enregistrée, mais Transmission est déjà en route pour de grandes choses depuis bien longtemps.

(fig. 4)

Philippe Lauzier — Transparence — Schraum / lc25003 / 2013

Enregistré entre 2010 et 2013 dans trois lieux différents de Montréal (Église Saint-Zotique, Studio OBORO et Espace InQuiet), Transparence n’est rien de moins qu’un chef-d’œuvre. Virtuose, ciblé et clair, cet album nous transporte irréductiblement dans le monde musical profond, personnel et concentré du multi-instrumentiste, compositeur et concepteur d’installations sonores Philippe Lauzier 7.

Lauzier occupe une place importante dans la scène musicale québécoise. À 36 ans, il tourne et enregistre avec de nombreux ensembles depuis 15 ans en Amérique du Nord et en Europe. Il a récemment collaboré avec le légendaire compositeur américain Phill Niblock. Il fait partie d’une génération de musiciens qui a côtoyé les domaines de la musique classique et contemporaine, du jazz, de la musique actuelle et de la variété — son curriculum vitæ n’en donne qu’un aperçu! — et il sait créer une musique entièrement originale, qui évite toutefois d’être rangée trop facilement dans les catégories décrites ci-dessus. Ce qui est encore plus impressionnant pour ceux qui, comme moi, connaissent le travail de Lauzier et le suivent dans ses nombreuses apparitions à Montréal et ailleurs, c’est la maîtrise absolue de ses instruments et le renouveau de ses recherches et de son monde sonore sur cette parution chez Schraum, une étiquette berlinoise.

Pour l’occasion, Philippe Lauzier se sert des saxophones soprano et alto ainsi que de nombreuses façons de jouer de la clarinette basse, de l’amplification de celle-ci et de la «demi-clarinette basse». La dernière piste de l’album, Bruine, est une pièce pour cloches motorisées, une approche qui fait partie de son travail en installation sonore. Toutes les pistes de cet album emploient une variété de techniques étendues et Lauzier sait les employer à la perfection. Rien n’est «m’as-tu-vu»; tout est au service d’une musique captivante, planante, harmonique et chantante.

Est-ce purement improvisé? Partiellement composé? Les deux tout à la fois? Comme seuls savent le faire les plus grands musiciens, Philippe Lauzier esquive aisément ces questions grâce à une maîtrise impeccable de ses instruments et une vision musicale soignée. Je conseille vivement Transparence à tous ceux qui désirent vivre une expérience musicale hors pair, présentée par un musicien de classe mondiale.

(fig. 5)

Matthias Hermann — Maciej Walczak — Erweiterte Spieltechniken in der Musik von Helmut Lachenmann — Breitkopf & Härtel / BHM 297 / 2013

Ce DVD-Rom récemment sorti chez Breitkopf & Härtel, Les techniques étendues dans la musique de Helmut Lachenmann, plaira à ceux qui s’intéressent à la musique de Lachenmann et plus largement aux techniques étendues présentes dans le paysage musical contemporain depuis plusieurs décennies. Fruit d’une collaboration de longue haleine entre Hermann, Walczak et Lachenmann (ce dernier joue lui-même quelques-uns des exemples pour violon et violoncelle), ce document est la première présentation multimédia des techniques de cet important compositeur.

Le DVD-Rom, en allemand et en anglais, commence par une explication générale des clefs et de la notation employées dans les œuvres de Lachenmann. Tout le répertoire a été revu et corrigé par le compositeur, expressément pour cette parution. Des menus détaillés permettent ensuite à l’utilisateur curieux de naviguer facilement entre plusieurs options de recherche. Il peut explorer par technique, par instrument ou par un mot clé: arco, cymbale chinoise, harmoniques naturels, clarinette, etc. Les menus principaux sont compréhensifs et chacun ouvre un sous-menu déroulant qui permet de choisir parmi les techniques de jeu et de notation disponibles pour chaque instrument. De plus, la plupart des sujets sont accompagnés de vidéos et de photos, ce qui aide à voir et à entendre la technique choisie.

Grâce au soutien de Lachenmann lui-même ainsi que des étudiants de la Staatliche Hochschule für Musik und Darstellende Kunst Stuttgart, ce document est une ressource importante non seulement pour des interprètes qui prépareraient un concert d’œuvres de Helmut Lachenmann, pour des musicologues, des compositeurs ou des chefs d’orchestre, mais aussi pour les musiciens de tous les domaines qui souhaiteraient se familiariser avec ces techniques étendues qui font désormais partie intégrante de la musique contemporaine écrite et improvisée.

Page article@24_1_07.3 générée par litk 0.600 le mercredi 23 août 2017.
Conception et mise à jour: DIM.