Les Presses de l’Université de Montréal
» Vimeo
» Facebook
» Twitter

Achetez ce numéro en ligne [Comment?]


Téléchargez ce numéro via Érudit (Gratuit!)

Collection > Volume 22 Numéro 3 (2012) > Actualités >

Nouveautés en bref

Claudine Caron, Cléo Palacio-Quintin

(fig. 1)

«art sonore/Sound art», ARTnord. Contemporary Art from the North, no 11, 2012

ARTnord (fondée en 1997) est une revue annuelle bilingue consacrée à l’actualité artistique des pays nordiques et baltes. Cette publication spécialisée est éditée à Paris par le Comité des historiens de l’art nordique (chan) avec le concours du Nordic Culture Fund, du Nordic Culture Point et des ambassades nordiques à Paris. Son récent numéro porte sur l’art sonore/Sound Art et a été réalisé parallèlement à l’exposition itinérante Horizonic 1, aussi organisée par ARTnord. Les artistes qui y participent sont originaires du Groenland, d’Islande, des îles Féroé, du nord de la Norvège ou ont travaillé dans l’archipel du Svalbard. Avec comme objectif «de faire découvrir une scène active, engagée et bien souvent méconnue de l’art sonore, puisque venue des limites extrêmes de l’Atlantique Nord», le circuit de l’exposition comprend Reykjavik (Islande), Ystad (Suède) et Caen (France). La revue vient donc enrichir le projet avec des transcriptions d’entrevues et des articles sur les artistes participant à l’exposition, pour la plupart nés dans les années 1970.

Les artistes de l’exposition et à propos desquels on peut lire ici sont Amund Sjølie Sveen, Åsa Stjerna, Catrin Andersson, Dodda Maggý, Elin Øjen Vister, Goodiepal, Halldór Úlfarsson, Iben Mondrup, Jessie Kleemann et Kristín Björk Kristjánsdóttir/Kira Kira, autant de noms peu connus au Québec, à part sans doute celui de Pessi Parviainen, artiste, musicien et performeur qui a participé à la carte sonographique de Montréal 2. Les textes généralement très courts sont rédigés par des directeurs d’institutions culturelles, des commissaires d’expositions, des écrivains, des critiques d’art et des musicologues. On y mentionne ici et là le travail de quelques pionniers des pays concernés (Olle Bonniér, Elisabet Hermodsson, Erkki Kurenniemi et Knud Viktor), puis un éventail de jeunes créateurs de la musique enregistrée sur le terrain avec des équipements hyper sophistiqués, jusqu’à l’invention d’instruments, et ce, en passant par des installations sonores les plus contemporaines. Ainsi, quoique le sujet de la revue soit spécialisé, le ton est à la vulgarisation. Pas d’articles scientifiques ni de textes approfondis. L’ensemble prend plutôt l’allure d’un magazine dans lequel il fait bon découvrir ce qui se passe en terres si éloignées des grands centres.

Le comité éditorial a eu le souci de présenter succinctement le cadre théorique du projet. Le «son» y est compris comme objet et matériau de recherche. Dans l’un des rares articles rédigés sous forme d’essai, Thomas Millroth expose l’évolution de la conception du son et de l’espace, passant de la sculpture — «des sculptures mobiles, des sculptures qui s’autodétruisaient, devenaient des machines à dessiner ou généraient une cacophonie. Le mouvement du temps et de l’espace était parvenu à dissoudre le bronze, tournant capital pour l’utilisation du son en tant que forme d’art» (p. 12) — à la musique concrète, aux objets du quotidien et, finalement, à la dissolution des limites entre les genres artistiques.

Parmi les démarches les plus frappantes, celles de Kira Kira, qui crée des installations sonores dans des lieux abandonnés ou fermés, de Goodiepal, compositeur, conférencier et auteur de performances vivant en marge dans un vélo qu’il a lui-même construit, d’Elin Øjen Vister, dont le travail s’inscrit dans la biophonie et la géophonie avec des enregistrements dans des lieux réservés, principalement d’oiseaux d’espèces menacées de disparition. La musicienne Jana Winderenen se penche sur l’enregistrement de sons subaquatiques, alors que Jessie Kleemann s’inspire de séances de chamanisme et de danses de tambour, selon elle des performances avant l’heure. On découvre également tout au long du numéro quelques collectifs d’artistes et de musiciens tels que Drakabygget, le Kitchen Motors et le s.l.a.t.u.r. (Association des compositeurs agressifs de Reykjavik).

Les magnifiques illustrations (captures d’écran, photographies d’installations, reproductions d’œuvres visuelles) y sont agencées en grand nombre, donnant une idée assez précise des œuvres mentionnées. En complément à la revue, le lecteur est invité à aller voir le travail des artistes sur les sites Internet indiqués à la fin des articles. Ceux de Kira Kira 3, de Dodda Maggý 4 et d’Amund Sjølie Sveen 5, celui-ci avec Deconstructing Ikea, sont superbes. Tout ce monde s’ouvre encore avec des démarches multiples, actuelles, présentées avec un soin esthétique manifeste.

Claudine Caron

(fig. 2)

Elaine Keillor // Sons du Nord: deux siècles de musique canadienne pour piano // Gala Records // Gala-108 // 2012

Ce coffret de quatre disques compacts fait suite à l’édition de partitions de musique canadienne réalisée par la Société pour le patrimoine musical canadien. Publiés entre 1983 et 1991, des recueils d’œuvres pour piano, musique de chambre, musique orchestrale et musique vocale devenaient disponibles pour les interprètes. Sur les disques compacts qu’offre Elaine Keillor, la plupart des œuvres enregistrées ont été éditées dans ces recueils, hormis les œuvres plus récentes. La référence à ces éditions figure notamment après chaque titre dans le livret.

En plus de sa contribution à la Société pour le patrimoine musical canadien, l’auteure du projet est bien connue pour son ouvrage Music in Canada: Capturing Landscape and Diversity, publié aux McGill-Queen’s University Press en 2006, de même que pour ses articles sur la musique au Canada et ses enregistrements de musique au piano. Avec son nouveau coffret, la pianiste et musicologue Keillor prétend une fois de plus parvenir à une anthologie, proposant l’essentiel de deux siècles de musique pour piano au Canada. Sans doute le titre, l’illustration et le texte du livret viennent amplifier la prémisse. C’est néanmoins l’impression ressentie avec le coffret entre les mains. Le rapport au Nord annoncé dans le titre déçoit — Qu’est-ce que la Mazurka sentimentale d’Arthur Letondal vient y faire? —, surtout quand on sait que le Nord est l’un des axes de représentation culturelle qui fait partie de l’imaginaire des compositeurs d’ici comme dans d’autres œuvres pour piano telles que Like Snow de Bruce Mather, Suite Borealis de Barbara Pentland, Préludes polaires (duo) de François-Hugues Leclair et plusieurs autres. Aussi bien comprendre que Keillor qualifie de nordique toute musique composée par des Canadiens.

Le répertoire présenté va de 1807 à 2010. Les compositeurs sont des personnalités marquantes de l’histoire de la musique du pays comme les Romain — Octave Pelletier, Calixa Lavallée, Wesley Octavius Forsyth, Clarence Lucas, Joseph Vézina, Rodolphe Mathieu, Alberto Guerrero, George M. Brewer, Violet Archer, Glenn Gould, Oskar Morawetz, Jean Coulthard et Alain Gagnon, pour ne nommer que ceux-ci. Des œuvres phares du répertoire d’Ana Sokolović́, de Paul Frehner ou encore de Serge Provost et de Serge Arcuri sont malheureusement absentes. Enfin, la volonté y est, bien sûr, un certain répertoire aussi, mais la sélection, puis l’articulation, tant des idées que de la musique, nous interrogent. La volonté de transmettre l’histoire de la musique canadienne semble avoir primé sur les aspects artistiques, ce qui porte à nourrir certains stéréotypes, même à propos de l’histoire.

Claudine Caron

(fig. 3)

Joshua Pierce // John cage — a Tribute // Collection MSR Classics // MS1400 // 2012

En cette année du centième anniversaire de naissance de John Cage, nombreux sont les événements qui soulignent l’importance du compositeur au cours du dernier siècle. Joshua Pierce, dévoué à son répertoire depuis environ trente ans, a déjà enregistré le cycle de Sonatas and Interludes for Prepared Piano sur plusieurs étiquettes de disque, dont une série de quatre cd consacrés à Cage sur Wergo. Il nous présente maintenant une compilation, sur deux cd, des œuvres pour piano composées par Cage au cours des années 1930 et 1940. Les enregistrements de ces deux disques ont été réalisés dans différentes salles de concert entre 1994 et 2000, et certaines œuvres présentées ici sont les tout premiers enregistrements disponibles.

Pierce propose ainsi, en première sur cd, des charmantes et courtes œuvres de jeunesse de Cage: Three Easy Pieces for Piano (1933), des inventions à deux parties qui portent de mystérieuses dédicaces à E.P.S, M.M. et C.M.; ainsi que Quest (1935), dont le manuscrit indique qu’il s’agit d’un 2e mouvement. Selon le musicologue Paul van Emmerik, il semble que le premier mouvement de cette pièce était une improvisation avec un microphone, un amplificateur et un haut-parleur 6. Three Early Songs (1933) met en vedette le ténor Robert White, qui chante des textes de Gertrude Stein, accompagné d’une simple ligne de piano.

Parmi les nombreuses collaborations de Cage avec des chorégraphes, on a ici un premier enregistrement de Our Spring Will Come (1943) pour piano préparé, œuvre composée pour Pearl Primus. On peut aussi découvrir un des rares exemples de musique de chambre chez Cage avec le Piano Sextet — Prelude for Six Instruments in A Minor (1946) pour flûte, basson, trompette, violon, violoncelle et piano, que Pierce interprète avec l’American Festival of Microtonal Music Ensemble 7.

On trouve aussi sur ces deux disques des versions du répertoire plus connu de Cage, dont les Sonatas and Interludes for Prepared Piano (1946-1948) enregistrés en concert, ainsi que Four Walls (1944), créée pour Merce Cunningham, dans laquelle on entend la voix du ténor Robert White a cappella dans un des seize mouvements de la suite divisée en deux actes. De nombreuses courtes œuvres complètent le programme: Primitive (1942), In the Name of the Holocaust (1942), Spontaneous Earth (1944), The Unavailable Memory of (1944), Ophelia (1946), Music for Marcel Duchamp (1947), Two Pieces for Piano (1946) et Two Pieces for Piano (1935/rev. 1974).

Cette compilation permet donc la découverte de plusieurs pièces de Cage moins connues, rendues avec expressivité et tact par le pianiste et ses collègues. Les enregistrements en salle ne permettent pas une qualité audio de studio, mais révèlent bien l’énergie et l’ambiance du concert que l’on apprécie.

Cléo Palacio-Quintin

Page article@22_3_07.3 générée par litk 0.600 le mardi 2 mai 2017.
Conception et mise à jour: DIM.