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Collection > Volume 22 Numéro 2 (2012) > Actualités >

Nouveautés en bref

Chantale Laplante, Cléo Palacio-Quintin

(fig. 1)

Quatuor Bozzini // À chacun sa miniature // Collection QB // CQB 113 // 2011

Depuis 2005, les membres du Quatuor Bozzini, entourés de compositeurs chevronnés agissant à titre de mentors, accueillent et accompagnent de jeunes compositrices et compositeurs dans un Composer’s Kitchen. Cinq ans plus tard, le Quatuor Bozzini a invité les trente et un compositeurs ayant participé à ces rencontres annuelles, à composer une courte pièce afin de célébrer l’expérience du Composer’s Kitchen, à la fois «atelier, laboratoire, salle de jeu et cours de maître», selon la définition donnée sur le site du quatuor 1.

Le Quatuor Bozzini a atteint une renommée internationale bien méritée par son talent et sa persévérance dans la programmation d’un répertoire musical ancré dans la recherche et l’expérimentation. À cet égard, le Composer’s Kitchen semble témoigner tout autant de cette démarche tournée vers l’exploration musicale, que celle de son implication dans la communauté. En effet, chaque édition regroupe six compositeurs venus à Montréal des quatre coins du pays, pour approfondir de l’intérieur le genre quatuor à cordes dans une atmosphère intime caractéristique de la musique de chambre.

Le disque À chacun sa miniature est en fait doublement ancré dans la communauté, le Quatuor Bozzini ayant pour ce projet lancé un appel au public afin de soutenir chacun des compositeurs et ainsi recueillir les commandites de cent membres de la communauté, mélomanes, compositeurs, professionnels de tous horizons. Le succès de cette campagne de financement a permis au quatuor de créer un fonds de dotation permanent dédié aux commandes d’œuvres et au soutien des activités du Composer’s Kitchen, afin d’assurer sa pérennité.

L’aventure du Composer’s Kitchen aura fait mouche, car pour la 8e édition du mois d’avril 2012, il a été présenté dans un format élargi en collaboration avec le Huddersfield Contemporary Music Festival, accueillant un mentor et des compositeurs du Royaume-Uni. Dans un deuxième temps, les œuvres achevées des jeunes compositeurs seront présentées en novembre à Huddersfield, dans la cadre du festival. Une autre édition (Atelier niveau baccalauréat) a également lieu à Vancouver en août 2012.

En attendant de pouvoir entendre les œuvres de ces nouvelles cuvées, nous avons accès à un enregistrement aux qualités acoustiques impeccables des trente et une miniatures de trente et un compositeurs qui témoignent, en écho à l’aspect mosaïqué de la pochette, d’une grande diversité de styles et, par ricochet, du dynamisme des jeunes forces à l’œuvre. Longue vie au Composer’s Kitchen pour sa complicité avec la communauté et les efforts investis pour que soient entendues et diffusées ces voix multiples.

— Chantale Laplante

(fig. 2)

Keyworks // Sebastian Borsch, musik für kontrabassklarinette // Karnatic Lab Records // KLR 022 // 2009

et

(fig. 3)

Spielzeug // Fie Schouten — clarinette basse Marco Kassl — accordéon Koen Kaptijn — trombone Karnatic Lab Records // KLR 019 // 2009

L’audacieuse étiquette de disque néerlandaise Karnatic Lab Records fait honneur aux clarinettes graves dans deux parutions mettant en vedette des interprètes talentueux. Des œuvres de répertoire du xxe siècle y côtoient admirablement des compositions récentes endisquées pour la première fois.

Keyworks

Sebastian Borsch reprend à la clarinette contrebasse les pièces inspirées du Livre des morts égyptien, Anubis et Nout de Gérard Grisey (1946-1988). L’énergie et la maîtrise du clarinettiste font honneur à la richesse timbrale de ces pièces, dans lesquelles la prise de son rapprochée nous permet d’entrer dans toute la profondeur des sonorités graves de la clarinette contrebasse et dans l’intimité des nuances de souffles, de multiphoniques et de bruits de clefs. Puisque Anubis et Nout ont été composées en 1983 à la mémoire de Claude Vivier, tout juste disparu, il semble opportun de retrouver sa Pièce pour violon et clarinette (1975) pour clore ce disque, œuvre dans laquelle Borsch et le violoniste Swantje Tessmann sont en parfaite symbiose.

La clarinette contrebasse est à l’honneur dans la courte pièce Maknongan (1976), pour instrument grave non précisé, une des toutes dernières œuvres de Giacinto Scelsi (1905-1988). Composée pour Joëlle Léandre, elle se retrouve plus souvent au répertoire de contrebassistes, mais cette musique est mise en relief avec ferveur par le souffle de Borsch. On apprécie ensuite une pièce composée spécialement pour Sebastian Borsch par le compositeur italien Giorgio Colombo-Taccani (1961). Le compositeur décrit sa pièce Golem (2004) comme ayant un caractère instable et rhapsodique. Il y explore la grande polyvalence de l’instrument, à la fois dans les registres très grave et très aigu qu’il considère tous deux fascinants. Poursuivant dans la filière italienne, on retrouve ensuite Ombra I et Ombra II (1984) de Franco Donatoni (1927-2000), livrées avec brio. La qualité du timbre est exceptionnelle même dans les passages les plus virtuoses. Le son coule de façon limpide malgré le registre abyssal qui pourrait facilement créer une impression de lourdeur. On retrouve toujours cette aisance dans Flux d’Eberhard Eyser (1932) composée spécialement pour l’interprète en 2000 et endisquée ici pour la première fois.

Le clarinettiste Sebastian Borsch (Hambourg 1969) nous livre donc un premier disque solo bien senti, qui met en valeur le répertoire soliste pour son instrument grave inusité. Tous feront certainement des découvertes auditives dans les multiples sonorités de clarinette contrebasse où nous emporte cet enregistrement. On ne s’étonne pas d’apprendre que cet interprète passionné consacre aussi une grande partie de son temps à la fabrication et l’entretien de ces instruments graves.

Spielzeug

Déjà réputée pour ses interprétations de musique contemporaine aux clarinettes et cor de basset (en particulier pour le répertoire de Stockhausen auquel elle se dédie depuis 2008), Fie Schouten nous fait ici découvrir des combinaisons de timbres réjouissantes avec ses complices à hanches et vent. Le trio d’Héctor Moro (compositeur chilien établi à Berlin), Lichtzwang, ein wütendes Spielzeug (2002) 2, sert de point de départ et inspire le nom de l’ensemble ainsi que le titre de ce disque dans lequel les sonorités du trombone, de l’accordéon et de la clarinette basse se marient à merveille et créent des timbres insoupçonnés. L’esprit du jeu est bien tangible dans cette œuvre colorée et puissante, et la virtuosité des interprètes est mise en valeur par les fusions de timbres complexes dans lesquelles on ne distingue plus les instruments l’un de l’autre.

On demeure dans la richesse de la recherche timbrale avec le Solo pour deux (1981) de Gérard Grisey. Tel que souhaité par le compositeur, les interprètes nous font réellement entendre un seul grand solo pendant lequel on oublie souvent qu’il y a deux instrumentistes qui jouent. On s’imagine même parfois qu’ils sont plus nombreux. L’impression de masse sonore indescriptible est très présente dans l’œuvre Farah (2008) de Philemon Mukarno, commandée par le trio. Le compositeur en faisant usage dans la majorité de ses œuvres, on entend tout de suite l’influence de la musique électronique dans son écriture. Les combinaisons instrumentales créent des textures inusitées et jubilatoires. L’éloquent accordéoniste est souvent le principal acteur de ces explorations sonores. Il nous fait réaliser que cet instrument versatile est trop négligé par les compositeurs contemporains et que l’on souhaiterait bien l’entendre plus souvent.

L’atmosphère devient plus méditative avec In Die Tiefe der Zeit (2001) 3 du compositeur japonais Toshio Hosokawa (1955), mais on demeure captivé par cette musique mouvante et colorée. Le disque se termine en beauté sur la musique de Christian Wolff. Son Exercise no 3 (1973), tiré d’une suite composée pour Merce Cunningham, et dont l’instrumentation n’est pas spécifiée, permet aux musiciens de faire leurs propres arrangements. Ici encore, on est charmé par les fusions timbrales qu’offre ce trio original, qui relève le défi avec tact et précision, dans une version assez lente et très inspirée de ce classique de Wolff.

— Cléo Palacio-Quintin

(fig. 4)

senku // Piano Music by Composers of African Descent William Chapman Nyaho MSR Classics // MS1091 // 2004

Le pianiste ghanéen William Chapman Nyaho se consacre depuis de nombreuses années à la recherche d’œuvres pour piano de compositeurs africains et est un interprète dévoué à ce répertoire. En 2009, il éditait une anthologie en cinq volumes intitulée Piano Music of Africa and the African Diaspora 4. Dans son numéro Musiciens sans frontières, Circuit publiait récemment un article de Kofi Agawu 5 dans lequel cette anthologie sert de point de départ à une analyse de l’héritage multiple du compositeur africain et à une discussion sur les enjeux de la création de musique de concert en Afrique. Il semblait donc utile de présenter ici le premier disque du pianiste, qui nous fait découvrir une panoplie de musiques de compositeurs d’origine africaine que l’on a rarement eu la chance d’entendre: Joshua Uzoigwe (Nigeria, 1946), Oswald Russel (Jamaïque, 1933), Coleridge-Taylor Perkinson (États-Unis, 1932), Samuel Coleridge-Taylor (Angleterre, 1875-1912) 6, Margaret Bonds (États-Unis, 1913-1972), Gamal Abdel-Rahim (Égypte, 1924-1988), Robert Nathaniel Dett (États-Unis, 1882-1943), Gyinah Labi (Ghana, 1950). Les éléments abordés dans l’article d’Agawu sont bien audibles dans ce premier opus de Nyaho. Les pièces, souvent très courtes et faisant partie d’une suite, sont pour la plupart directement inspirées de traditions musicales africaines.

Uzoigwe, considéré comme un des plus importants compositeurs du Nigeria, ouvre le disque avec trois pièces tirées de la suite Talking Drums. Ces pièces sont basées sur les caractérisques rythmiques et mélodiques des tambours Ukom. Différents aspects de la musique de danse funéraire, de l’art du conteur et du dialecte du peuple Igbo du Nigéria servent d’éléments de base à ces compositions 7. La pièce Earthbeats op. 22 de Labi, qui clôt le disque, est aussi tirée d’une suite inspirée de langues africaines: Six Dialects in African Pianism. Ici c’est plutôt la danse Gahu qui prête ses contours rythmiques et mélodiques à l’œuvre, en combinaison avec les chants, rythmes et harmonies Ewe. Russell s’inspire également des rythmes typiques et des chansons folkloriques de son pays d’origine dans Three Jamaican Dances.

Le «negro spiritual» est à la source des œuvres de Coleridge-Taylor (Deep River est un extrait de Twenty Four Negro Melodies op. 59 no 10), Bonds (Troubled Water basée sur le traditionnel Wade in the Water) et Dett (“In the bottom” Suite). Ce dernier évoque cinq scènes de la vie quotidienne des Noirs au bord du Mississippi, dans autant de pièces dont l’harmonie est influencée par le blues. L’influence de l’harmonie jazz perce également dans les œuvres de Bonds et de Perkinson, qui, lui, nous sert un Scherzo inspiré de la forme en trois parties de Chopin. C’est dans le développement des formes que l’on constate plus directement l’influence de la musique classique occidentale. Les classiques variations se retrouvent chez Abdel-Rahim avec Variations on an Egyptian Folksong.

En assemblant ces répertoires méconnus sur un même disque, Nyaho nous donne l’opportunité de découvrir ces musiques aux influences croisées et de constater la richesse des langages qu’ont créés ces compositeurs d’origines africaines diverses. Nyaho a d’ailleurs produit un deuxième disque en 2008, intitulé Asa 8, sur lequel on peut découvrir une dizaine d’autres compositeurs. La lecture de l’article d’Agawu mentionné plus tôt éclaire grandement notre écoute et nous met à l’affût des défis de la musique savante africaine.

Page article@22_2_07.2 générée par litk 0.600 le jeudi 29 juin 2017.
Conception et mise à jour: DIM.