Les Presses de l’Université de Montréal
» Vimeo
» Facebook
» Twitter

Achetez ce numéro en ligne [Comment?]


Téléchargez ce numéro via Érudit (Gratuit!)

Collection > Volume 19 Numéro 2 (2009) > Actualités >

Nouveautés en bref

Réjean Beaucage et Jonathan Goldman

(fig. 1)

Véronique Puchala — Pierre Boulez, à voix nue — Paris, Symétrie, 2008, 151 pages et deux CD, plus bibliographie, discographie et index. Photos de Jean Radel

Depuis quelques années, l’émission radiophonique À voix nue, sur la chaîne France Culture, consacre cinq émissions d’une demi-heure à une seule personne. Cette formule permet à l’invité de s’exprimer longuement sans avoir à se servir des raccourcis qui sont le propre de la culture du sound bite. Les émissions, qui peuvent être téléchargées en balado à travers le monde, ont par ailleurs laissé une place significative à des artistes québécois (récemment, Gilles Vigneault et Gaëtan Soucy). En 2005, à l’occasion des 80 ans du compositeur, À voix nue a consacré une semaine d’entretiens à Pierre Boulez. Trois ans plus tard, Véronique Puchala publie l’enregistrement de ces entretiens, accompagné d’un livret important. Sur deux disques compacts se trouvent les cinq entretiens avec Boulez; dans le livre (qui comporte tout de même 150 pages), Puchala les enrichit d’informations supplémentaires et d’extraits d’articles que Boulez a écrits tout au long de sa carrière, dans une tentative de combler ce qu’elle appelle les «espaces ouverts qu’entraîne inévitablement l’évocation d’éléments rapidement ébauchés ou sous-entendus».

Puchala voudrait ainsi permettre au lecteur de «restituer sa pensée, son œuvre et son expérience au sein de perspectives non seulement musicales mais aussi historiques, artistiques, psychologiques et humaines». Puchala a réussi son coup. Avec cette formule originale d’entretien sonore + texte complémentaire, ce «produit» atteint un haut niveau d’autonomie: on peut réellement le lire sans avoir rien lu préalablement de ou sur Boulez, ce qui n’est pas chose simple dans le cas d’un compositeur qui — presque autant qu’un Wagner — a tant multiplié les mots au service de la compréhension de son œuvre par le public.

Curieusement, ce livre se munit d’un plan presque aussi structuré que Le marteau sans maître: chacun des cinq entretiens devient un chapitre de livre portant un titre à un ou deux mots ayant un rapport avec les propos de Boulez («L’écoute», «Le regard», «Le geste», «La voix», «L’Autre»). Chacun de ces chapitres se subdivise à son tour en trois-fois-trois petites sections. Une structure complexe qui s’explique sans doute par le contact avec le maître qui a donné à l’auteur la terreur de l’informe, ainsi qu’une volonté d’ériger son ouvrage sur une charpente solide.

Les belles photos, récentes et inédites, qui soulignent la primauté du geste chez Boulez le chef, agrémentent le texte. La bibliographie est certes mince (10 titres) mais comprend néanmoins tous les recueils les plus récents (la série Points de repère chez Bourgois) et donc les plus faciles à obtenir aujourd’hui. La discographie ne contient que des titres parus chez Deutsche Grammophon, car, comme l’indique le logo qui figure sur le dos du livre, le grand label allemand a subventionné le projet.

En somme, une belle façon de s’initier à la pensée de ce grand protagoniste de l’histoire de l’avant-garde musicale au xxe siècle. Même si les lecteurs d’autres livres d’entretiens avec Boulez (par Goléa, Deliège, Gilly, di Pietro ou Vermeil) y trouveront maints propos déjà dits ailleurs, Puchala tisse un récit cohérent et intelligent qui amplifie et enrichit les entretiens contenus sur les disques.

Il n’est donc pas étonnant qu’en avril 2009, ce livre ait été couronné d’un coup de cœur de l’Académie Charles Cros dans la catégorie livre-disque.

(J.G.)

(fig. 2)

Gordon Mumma — Music for Solo Piano (1960-2001) — Daan Vandewalle, piano — New World Records (80686-2), 2008

Le nom de Gordon Mumma (1935) évoque surtout les premières expérimentations américaines dans le domaine de la live electronic music et convoque aussi les noms d’autres grands expérimentateurs comme David Tudor ou John Cage, avec qui il a collaboré (entre autres au sein de la Merce Cunningham Dance Company). De nombreux enregistrements témoignent de cet aspect de sa production. Moins nombreux sont ceux qui nous font connaître le compositeur de

musique pour le piano; pourtant, comme le démontre le présent album du pianiste belge Daan Vandewalle, sa production dans ce domaine couvre toute sa carrière.

Lui-même pianiste (et corniste), Mumma semble avoir voulu réserver à l’instrument le rôle du confident vers lequel le compositeur se tourne au moment d’exprimer ses sentiments les plus intimes; parmi les 75 courtes pièces recueillies ici, nombreuses sont celles dont le titre évoque le souvenir d’un ami. Jamais trop bavard, le piano ne cherche pourtant pas à masquer ses diverses influences et l’on se prend à penser à la seconde école de Vienne durant la Suite for Piano de 1960, tandis que c’est Haydn qui se profile dans Threesome, alors que Mumma revisite l’un de ses menuets. Et, bien qu’il n’y soit jamais fait de référence directe (même si l’on pourrait s’y attendre d’un compositeur qui a intitulé l’une de ses œuvres, retravaillée ici, Faisandage et Galimafrée), l’ombre de Satie rôde souvent dans les parages, vaporisant sur l’ensemble une vague brume de nostalgie et magnifiant l’intériorité de certaines de ces réminiscences.

On est bien loin de l’univers des œuvres pour instrument et manipulations électroniques (ou cybersoniques, selon l’expression de Mumma) en direct, et certaines des œuvres reproduites ici furent même à l’origine composées à l’aide d’un clavecin (il existe différents enregistrements, avec cet instrument, des Eleven Note Pieces & Decimal Passacaglia), et le présent recueil apporte donc, avec ses nombreux premiers enregistrements, un éclairage tout à fait nouveau sur l’œuvre de Gordon Mumma. Le jeu du pianiste Daan Vandewalle, un spécialiste du répertoire américain contemporain, est impeccable et donne envie d’entendre ses autres enregistrements (entre autres, la «Concord» Sonata d’Ives, les Seven Circles de Fred Frith, ou les Inner Cities d’Alvin Curran). Un recueil surprenant qui pourra certes contribuer à ce que les œuvres pour piano (ou clavecin!) de Mumma retrouvent dans les salles de concert un espace qu’elles n’ont pas vraiment cherché à occuper, mais qui les attend néanmoins.

(R.B.)

Page article@19_2_07.2 générée par litk 0.600 le mercredi 23 août 2017.
Conception et mise à jour: DIM.