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Collection > Volume 15 Numéro 1 (2004) >

Présentation
Interpréter la musique (d’)aujourd’hui

Réjean Beaucage et Isabelle Panneton

La présente livraison de Circuit offre une série d’articles, d’entretiens et de causeries qui sont autant d’approches singulières de l’acte d’interprétation. Sont convoqués, outre le philosophe Bernard Stiegler, des musiciens qui se consacrent à l’interprétation, à la composition et à l’improvisation.

S’il y eut un moment de l’histoire où il était naturel qu’un musicien pratique ces trois activités, elles se sont imposées, depuis l’époque romantique, comme des «métiers» bien définis. Plus récemment, l’avènement des outils offerts par l’informatique a considérablement élargi leur champ d’exploration et permis de nouvelles interactions, ce dont témoigne l’ensemble des textes présentés ici. Avec la multiplication des techniques de reproduction sonore, il est également possible de surdéterminer l’interprétation d’une œuvre. Cependant, l’acheminement du sens à travers une temporalité écrite demeure un geste complexe, qu’il s’agisse de noter des idées musicales ou de rendre manifeste le contenu d’une partition. Plus que jamais, cette dernière est un lieu d’investissement créatif, en aval et en amont de son élaboration.

D’une part, nous avons retenu deux textes, l’un publié en 1988 et l’autre en 1973, qui constituent en quelque sorte des témoignages en miroir: dans un cas, le compositeur Jacques Hétu rend compte, analyse à l’appui, des libertés prises par Glenn Gould lors de l’interprétation de ses Variations pour piano, libertés qui l’ont laissé littéralement en état de choc puisqu’il mit près de vingt ans avant de se décider à livrer publiquement ses impressions. Dans l’autre cas, le pianiste autrichien Peter Stadlen expose la façon dont son interprétation de la musique de Webern a été influencée — élargie — par les séances de travail qu’il eut avec le compositeur; dépositaire de commentaires et d’indications jamais transcrites sur la partition, il procède ici à une analyse détaillée d’extraits issus de différentes œuvres pour défendre la thèse d’un Webern «poète lyrique».

Parmi les interprètes qui ont accepté de collaborer à ce numéro, trois poursuivent une démarche qui se situe à la frontière de la création et de l’interprétation: Benjamin Carat, violoncelliste, qui explore les nouveaux aspects du lien interprète/instrument/compositeur à travers l’intégration des technologies récentes; Marc Couroux, pianiste, qui s’est tourné vers la composition pour expérimenter de nouvelles formes d’interprétation et réfléchir au rituel du concert; enfin, Joseph Petric, pour qui l’accordéon, dans sa marginalité même, a été l’occasion d’une recherche artistique aboutissant au développement d’une approche «décapée» et ouverte de l’interprétation. Engagés dans des pratiques originales qui débordent largement les limites habituelles du rôle assigné à l’interprète, ces trois musiciens nous amènent donc au cœur de leurs motivations, explorent le mouvement qui conduit du signe au langage et du langage à l’expression; ils mettent en évidence l’inépuisable dynamisme des liens entre compositeur, partition et interprète.

D’autre part, la rencontre entre compositeurs et interprètes a de tout temps permis l’éclosion d’œuvres nouvelles qui ont contribué à faire évoluer le langage et les techniques instrumentales. C’est dans le sillage de ces collaborations fructueuses que s’inscrit l’entretien que nous livrent Catherine Perrin et Jean Lesage. Ils traitent, entre autres, de la façon dont la fréquentation de la musique contemporaine et des compositeurs vivants peut générer de nouvelles lectures du répertoire ancien et influencer la conception de tout discours musical chez l’interprète; il est également question, dans le contexte d’un langage «qui ne s’inscrit pas dans le développement d’un langage commun, universel, comme à l’époque de la musique tonale», du défi que représente la transmission des idées musicales à travers la partition.

Dans un autre registre, le philosophe Bernard Stiegler partage ses réflexions sur les liens et les oppositions entre interprète et compositeur; il parcourt le «circuit» qui va de la conception des œuvres à leur restitution sonore à travers, selon sa belle expression, le «tissu d’exclamations» que constituent les «sélections rétentionnelles» qu’il présente et analyse pour nous.

Un portrait de Mario Bertoncini, pianiste, compositeur, inventeur et intermédiaire de sons éoliens vient compléter ce numéro consacré à l’interprétation. Les souvenirs de ses cours en design musical à l’université McGill évoqués par deux de ses étudiants, Charles de Mestral et Andrew Culver, le dialogue (à la manière platonicienne) écrit par Bertoncini entre un maître et son disciple, et le portrait qu’en dessine John Rea nous permettent de mieux connaître, sinon de découvrir «un artiste extraordinairement imaginatif» qui aura assurément marqué toute une génération d’interprètes et de compositeurs.

Page article@15_1_02 générée par litk 0.600 le mercredi 23 août 2017.
Conception et mise à jour: DIM.