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Collection > Volume 14 Numéro 2 (2004) >

Éditorial

Michel Duchesneau

Entre le 2 et le 11 mars 2003, avait lieu la première édition du festival international Montréal/Nouvelles Musiques. L’envergure de l’événement et son importance pour le milieu de la création musicale au Québec et au Canada ont été unanimement soulignées par le public, les artistes, la presse et même les représentants des différents paliers gouvernementaux. Ce consensus est relativement exceptionnel 1. À première vue, l’opération pourrait être considérée comme un résultat naturel de l’évolution du milieu et des formes de diffusion de la création musicale au Québec. Cependant, la création d’un tel événement implique une concentration des activités au sein d’une structure festivalière, ce qui suscite un questionnement sur les orientations de la création musicale québécoise et qui remet en cause l’éparpillement propre à notre milieu. La naissance de Montréal/Nouvelles Musiques est donc une occasion parfaite pour que la revue Circuit, musiques contemporaines s’interroge sur la problématique du «festival» et fasse un ou des bilans de ces 10 jours de musiques nouvelles.

Il est nécessaire ici que je souligne ma contribution à l’édification du festival, puisque j’ai occupé les fonctions de directeur général de la Société de musique contemporaine du Québec, organisme producteur, jusqu’en juin 2002, soit quelques mois avant la première édition du festival. Voici donc l’occasion d’offrir aux lecteurs de la revue Circuit, musiques contemporaines quelques-unes des réflexions «de l’interne» qui menèrent à sa création et ainsi d’élaborer quelques hypothèses sur ses origines. Afin d’offrir un éclairage multiple évitant une vision unilatérale, ce numéro ouvre des perspectives variées provenant d’acteurs et de participants qui s’interrogent sur le festival, sa forme, son contenu et ses horizons.

Dans le présent numéro, Circuit réunit donc une série d’articles qui sont autant de regards sur l’événement. Il s’agit des textes d’Andrew Culver, de Paul Steenhuisen et de moi-même, ainsi que des chroniques engagées de Nicolas Gilbert et Maxime McKinley, et de Réjean Beaucage. Les convergences et les divergences de ces regards nous révèlent un milieu musical québécois et canadien qui a atteint, sans aucun doute, un seuil de maturité, mais qui cherche encore à se définir par rapport aux modèles européens.

Montréal/Nouvelles Musiques ne peut échapper à la comparaison avec les festivals européens, notamment parce qu’une partie de sa structure de fonctionnement est basée sur un réseau de relations avec des partenaires potentiels dont les méthodes et les objectifs sont parfois radicalement différents. On ne peut faire abstraction des mécanismes propres au milieu de la création musicale au Québec et au Canada qui, jusqu’à présent, n’ont guère été en mesure de faire éclater les ghettos de la création, ghettos souvent géographiques (je pense, entre autres, aux mécanismes d’attribution des commandes aux compositeurs). On ne peut davantage ignorer les traditionnelles formules de présentation, comme les séries de concerts, les événements, les mini-festivals, «tout X» ou «tout Y» qui déterminent à l’avance, par exemple, les traits normatifs des musiques nationales, ou encore qui fouillent de fond en comble le catalogue d’une célébrité ou d’un inconnu.

Jusqu’à quel point saurons-nous développer un nouveau modèle de production et de diffusion de la création musicale, qui satisfasse à la fois les critères souvent nationaux et économiques des programmes d’aide gouvernementaux et ceux des artistes qui revendiquent leur juste part dans une perspective de concurrence internationale? Montréal/Nouvelles Musiques semble avoir fait le pari de concilier les deux aspects.

Afin d’établir des points de comparaison, nous publions aussi deux textes qui ont été présentés sous forme de conférences par Jean-Dominique Marco (directeur du festival Musica de Strasbourg) et Philip Blackburn (directeur du American Composers Forum), dans le cadre du colloque «Rencontres des musiques nouvelles au Canada: communication et réseautage» offert en marge du festival par le Conseil québécois de la musique. Ces textes relatent deux expériences totalement différentes, et dont les fondements diamétralement opposés permettent de jeter un éclairage particulier sur le festival Montréal/Nouvelles Musiques qui devrait peut-être se situer entre les deux.

En guise de complément, le numéro propose une entrevue avec le compositeur hollandais Klas Torstensson, l’un des invités du festival, et un portrait de Michel Longtin, dont les œuvres (Pohjatuuli et Quaternions) ont ouvert et fermé l’événement. Ce portrait est le premier d’une série que la revue souhaite développer.

Au fil des ans et des thématiques, Circuit, musiques contemporaines a contribué à dresser un portrait relativement fouillé de la création musicale québécoise et canadienne. La revue suscite la réflexion, provoque des réactions et constitue un formidable outil de mémoire collective à l’égard des acteurs et des problématiques de la création musicale qu’il est impératif de comprendre aujourd’hui.

Cependant, les thématiques abordées ne permettent pas toujours de mettre suffisamment en relief les principaux artisans du milieu, soit les compositeurs, mais aussi les interprètes, les directeurs artistiques d’organismes ou de festivals, ou encore les artistes d’installation sonore. Sans pour autant reprendre la formule du numéro consacré exclusivement à un compositeur, nous avons souhaité faire de Circuit le lieu d’accueil d’articles de référence sur des artistes choisis. Nous avons donc conçu une nouvelle section qui portera le titre de Portrait et qui comblera, du moins en partie, cette lacune.

Ces portraits seront l’occasion de présenter un compositeur, un créateur d’objet sonore ou un interprète sous divers angles. Le comité de rédaction désire se concentrer d’abord et avant tout sur les artistes québécois, mais n’exclut pas la présentation occasionnelle de portraits d’artistes provenant d’autres pays. Le choix des personnalités se fera en fonction du sentiment qu’a le comité de la grande nécessité de s’intéresser aux créateurs peu connus comme à la génération montante.

Le noyau de ces portraits sera constitué d’une biographie, d’une bibliographie et d’une discographie, ainsi que de textes complémentaires dont la nature variera en fonction de la personnalité de l’artiste. Analyses, entrevues, écrits de l’artiste même pourront s’ajouter aux portraits. Nous espérons que cela permettra de combler les connaissances lacunaires que nous avons de nos contemporains, tout en apportant une contribution essentielle à la promotion de notre milieu musical.

D’un numéro à l’autre, ces portraits seront fort différents, et nous sommes conscients que le modèle initial évoluera avec le temps. Circuit, musiques contemporaines confiera le plus souvent possible la rédaction de cette nouvelle section à de jeunes auteurs, musicologues ou compositeurs. Ceux-ci donneront une couleur particulière à ces pages teintées par leur regard neuf.

Bonne lecture!

Page article@14_2_01 générée par litk 0.600 le lundi 13 novembre 2017.
Conception et mise à jour: DIM.